Vitailles, 29 juillet 1947
Mon cher petit Amour,
Lorsque tu vas rentrer de nouveau à Périgueux, tu vas en trouver un tas de lettres de toute part, quatre jour sans courrier peut-être tu l’auras trouver un peu long. Sans doute, vous ne devez pas chômer en manœuvre. Ce n’est plus ces heures de faction mais lorsqu’on est occupé, le temps paraît un peu moins long car on pense moins que tout seul à ne rien faire.
Sans doute tu dois être entièrement remis de ta gastro-entérite ou flegmingite si tu as pu te reposer quelques jours, c’est toujours ça de sorti, n’est-ce pas mon petit chéri.
En ouvrant mes lettres, tu as vas sans doute être un peu étonné. Je crois qu’elles sont bien différentes les unes des autres. Peut-être je n’aurais pas dû t’écrire aussi dimanche au soir mais tu sais, je ne sais rien te cacher. Oh ! Chéri, il m’est arrivé de te dire le cafard c’est pour les sots, je suis sotte aussi car je t’assure je l’avais dimanche. Quand à la maison, ça ne va pas c’est plus fort que moi, je m’ennuie c’est incroyable, il me semble que je suis tellement seule, depuis que Yves est parti dépiquer, ça fait un vide. Tu ne peux croire ce que je le trouve à dire. Heureusement qu’en pensant à toi, petit Lou chéri, je remonte le courant, j’ai cet espoir qu’un jour, j’aurai mon petit amour pour me consoler quand j’aurai de la peine, n’est-ce pas petit Chéri ?
Dimanche, nous avons eu une messe pour les morts de la dernière guerre.
L’après-midi, j’étais chez mes petits voisins. Le soir, à quatre heures, nous sommes allés garder les vaches au bord du Drot. Nous n’avons pas pris de poissons, il y avait des baigneurs ; nous nous sommes promenés, pour ma part, j’ai exploré car je ne connais pas du tout les rives du Drot jusqu’à maintenant, je n’étais allée qu’au bout de la prairie de Vitailles. Je ne m’étais pas aventurée plus loin, ça me rappelait les rivages du Lot et mes pensées s’envolaient vers mon Lou chéri. Tu sais Chéri, si tu vas te baigner, fais attention qu’est-ce qu’il y a comme noyades, je tiens à toi, tu sais.
Mon petit Amour, dimanche, il m’est impossible de quitter Lauzun, la fête votive étant ce jour-là, il faut que j’aide ma tante à servir au café, papa ne pouvant se servir que d’une main. Je t’assure, il ne guérit pas vite, il faut le repos à son bras. Si tu es ou si vous étiez en permission dimanche 3 août, que vous ne soyez pas trop paresseux, vous n’aurez qu’à venir à Lauzun. Si vous ne venez que le onze août, là encore je pourrais descendre à Sainte Livrade mais c’est toujours moi qui descend depuis le temps que je demande à Lulu et toi de venir, tu comprends, ils exagèrent à présent. Sans doute ils ont peur de nous ? Que diras papa ? Tu sais ce qu’il nous a dit « tant pis », peut-être il aura oublié les consignes données auparavant, puis d’ailleurs je te préciserais la semaine prochaine.
J’oubliais de te dire, puis certainement chez toi, ils ont dû te le dire, j’ai vu sur le journal hier que Monsieur l’abbé Vialard, curé de Grateloup est mort après un accident de moto, que c’est triste, encore si jeune et un si bon prêtre. Ses pauvres parents doivent être bien affligés. Hier à Lauzun, on enterrait un petit garçon de neuf ans.
Je vais te quitter Lou, mon petit Amour, il est tard et demain il faut se lever de bonne heure. Adieu pour ce soir mon petit Chéri
De ta petite Mie qui t’aime, reçois les plus doux baisers
Chéri je t’aime