Périgueux, le 5 août 1947

Mon cher petit Amour,

La patience est sûrement une bien grande qualité, heureux sont ceux pour lesquels elle n’a pas de limite, pour nous, petite Chérie, bien que nous nous sentions forts pour la contenir, nous désirerions bien qu’elle aie une trève.

Je t’assure, Chérie désormais sur mes missives, je ne te parlerai plus de perme à moins d’être sûr de la tenir ; en lisant ces lignes et en comparant ton petit coeur au mien, tu auras un peu de peine ; j’avais cru par un beau jour retrouver mon petit Amour dimanche et dans ce si tendre espoir ces derniers jours avaient cru s’envoler plus vite, hélas ce ne sera que par les pensées et mon amour de tout le temps que ce prochain dimanche je pourrai être près de toi et dans cette nuit qui loin de mon petit Amour se prolonge, je ne sais quand arrivera l’aurore : cette semaine les camarades qui n’ont pas eu de perme depuis Mars partent chez eux pour six jours seulement, ils doivent rentrer au début de la semaine prochaine pour que les bleus puissent partir pour dix jours et être rentrés pour le 25 du mois, date à laquelle nous devons partir aux grandes manœuvres pour un mois au camp de Bracome avec tout le matériel lourd et en coopération avec les cuirassiers.

Ici les opinions sur notre démobilisation sont différentes : seront-nous licenciés avant la fin du mois et exclus des manœuvres ou serons-nous seulement démobilisés après l’école à feu ? L’avenir nous apprendra en tous les cas. D’ici le 24, je ne pourrai pas avoir de perme, mais tu sais petite Chérie, j’espère lorsque je te retrouverai que la clôture de mes jours militaires ne saurait tarder, ce sera peut-être avant un mois.

D’ici là, il faudra peut-être s’armer de patience mais notre bonheur sera si grand quand je pourrais te fixer le prochain jour qui verra à nouveau nos coeurs un près de l’autre. O Petite Chérie, il y a exactement deux ans comme cet après-midi, le hasard voulait que nous passions les 1er jour ensemble, journée qui devait demeurer pour moi inoubliable, un sentiment tout nouveau était né dans mon coeur, il devait m’offrir tant de bonheur en me sentant près de toi et un peu de tristesse lorsque cette petite fée de mes rêves devait à nouveau s’envoler.

« Si vous avez goûté une nouvelle joie, gardez-la toute votre vie », oui petite Chérie, cette petite phrase de ta première lettre a si souvent résonné dans mon petit coeur, le soir avant de m’endormir elle venait encore effleurer tout mon être. Etait-il bien pour moi ce petit bonheur ? Cette petite Amie qui avait déjà plus que mes amitiés, pensait-elle seulement à moi ? N’étais-je pas fou de compter avoir un jour tout son petit coeur, alors qu’il pouvait être tout normal qu’elle n’aie jamais un sentiment pour moi, et déjà dans la fièvre de ces soirs où j’épluchais chaque mots de ses missives, je sentais passer dans mon âme un frisson d’amertume quand il me semblait découvrir pour toujours une petite camarade indifférente.

Oh ! Cher petit Amour, le Bon Dieu a voulu qu’un jour ton petit coeur comprenne le mien et dans son petit sentiment naissant souffre de s’envoler loin de moi, puis dans l’essor vers l’armée de ton petit Charlou, attentivement il a surveillé ses évolutions et a vécu ce bonheur grandissant chaque fois que de beaux jours ont vu notre rencontre. A ces moments où il faut encore voir s’éloigner ce doux jour que nous attendons, je me plais à revivre encore tous ces petits sacrifices mêlés aussi à tant de joie, bien que tu sais Chérie, toutes ces petites langueurs de jadis ne peuvent être les mêmes que celles d’aujourd’hui mais dans tes douces missives où je retrouve toute la compréhension de ton petit coeur que j’aime, une douce source de joie ne saurait tarir ; puisque je sais que tous nos petits sacrifices se mueront un jour en un si grand bonheur. Quand les petits coeurs sont séparés, on souffre quand on aime mais quel doit être cet inexprimable bonheur quand ils sont unis pour toujours tout près un de l’autre.

Petite Chérie, ce soir, c’est encore de l’infirmerie que je t’écris cette lettre, oh ! n’aie crainte je ne suis plus malade, ma gorge commence de bien guérir, mais j’aurais bien tort de faire excès de zèle quand tous les autres tirent au flanc et puis maintenant, je recommence à manger, mais depuis une semaine, je commençais à prendre la ligne d’une drôle de façon et j’aurais été tout à fait à l’aise pour le swing. Au fait, petite Chérie, j’espère que tu as passé une bone journée pour la fête votive de Lauzun, de tout coeur je le souhaitais, bien que mon petit Amour n’aime guère cette ambiance populaire ; de sortir un peu avec des amies ou des camarades, il y a bien un peu de charme, ça délasse u peu.

Avant de sombrer dans les bras de Morphée, je vais être tout près de toi encore et pour effacer la petite peine de voir s’éloigner le jour où nous nous retrouverons, j’évoquerai encore ces doux instants où je t’avais dans mes bras et comme ce beau jour du 8 juin, avec encore plus de force dans ce petit amour que je nepeux que te rendre , je murmurerai dans mon coeur. O petite Chérie, petite Chérie pour toujours je t’aime.

Tous mes plus doux baisers, toujours à toi

Ton petit Lou qui t’aime