Vitailles, 5 août 1947

Mon cher petit Amour,

Tu vas être un peu déçu demain mercredi de na pas avoir de lettre de ta petite Mie, je t’avais promis de t’écrire hier soir. Je n’ai pas pu , j’ai été prise d’une douleur dans le côté droit qui m’a obligéà me coucher avant les autres et je t’assure, je n’avais pas envie d’écrire. Oh ! Cela ne m’empêchait pas de penser à toi mais quand à rester debout, je ne pouvais tenir qu’allongée. J’ai encore eu mal jusqu’à midi aujourd’hui mais moins qu’hier soir. J’avais peur que ce soit une crise d’appendicite. Je pense que ça ne reviendra plus, c’est intéressant, je te le dis. Et voici la fête votive de Lauzun passée une fois de plus, inutile de te dire, il faisait chaud, tu as dû t’en apercevoir aussi. Je t’avais dit que ça ne m’amuserait guère mais pour une fois, je me suis trompée. L’après-midi, presque tout le temps, j’étais chez ma tante pour aider à servir, le soir au souper, nous étions huit jeunes, l’aînée, c’était moi, alors les autres n’étaient pas bien vieux, il y avait de la gaieté pour ma part, mon Lou chéri me manquait bien un peu mais puisqu’il ne pouvait être autrement ! Après nous somme allés voir les feux d’artifices qui n’étaient pas mal. Et ensuite, le bal s’est ouvert, je t’ai obéi, j’y suis allée, je suis rentrée sans payer bien entendu. Je t’assure que j’ai dansé presque autant que l’an dernier à Castillones avec toi. Il y avait à peu près une demie heure que j’étais au bal, j’étais à côté d’une camarade, voilà que je m’aperçois que j’avais perdu ma broche et en plus celle que tu m’avais donnée. Oh, tu sais j’étais malheureuse du coup, je refusais à tout le monde d’aller danser. Au bout d’un moment, je vais chez ma Tante, je raconte la chose à ma grand-mère, je vais à la cuisine, la première chose que je trouve sous la table c’était ma broche, j’étais contente. Je ne l’ai pas remise du coup, il y avait tellement de monde dans ce bal que j’avais peur qu’elle se décroche encore. Tu sais tous les jeunes gens avec lesquels j’ai dansé étaient très chic et très corrects vraiment. Je n’ai pas à me plaindre parce que ce serait bien à tort. Je t’entends d’ici dire « Elle va y prendre goût » et bien non ! J’ai passé une bonne soirée c’est certain mais malgré cela, j’aime encore mieux un livre intéressant que le bal. Il me semble Chéri qu’on a pas besoin d’avoir eu la maladie pour pouvoir et savoir soigner un malade, il suffit d’avoir appris à soigner, ensuite on doit pouvoir s’en sortir aussi bien qu’un autre. De vive voix, je te raconterai tous les détails.

Il y a deux ans aujourd’hui, j’étais à Ste Livrade aux fiançailles de Lily et Loulou et j’entends encore ces paroles de Rose et Lulu : « Si tu te maries avec Charles, tu deviendras notre petite sœur, alors ce serait chic ». ces deux petits avaient pensé plus loin que moi parce que moi j’y pensais nullement et je leur répondais comme qui s’en fiche. Oh ça ! Après ces fiançailles, Lily quittera Lauzun et pour moi cette petite amie aura vécu et j’aurais passé quelques années de bon temps. J’étais bien loin de penser à tout le bonheur que je possède aujourd’hui, si bien chéri par mon petit Amour que pourrais-je demander de plus pour être heureuse ? Que tu quittes vite ton costume militaire pour venir me retrouver plus souvent, à part ça, je ne puis pas être plus heureuse que je suis.

Je vais te quitter mon cher petit Amour pour aujourd’hui, il me tarde d’être à demain pour avoir une autre lettre de Mon Lou Chéri. En attendant la douce joie de me blottir tout près de ton petit coeur, reçois petit Amour les plus doux baisers de celle qui t’aime de tout son petit coeur.

Ta petite Mie pour toujours

Adieu petit chéri je t’aime.