Vitailles, le 6 août 1947
Mon petit Amour,
Oh, que j’étais heureuse aujourd’hui en recevant de tes nouvelles. Tu sais, tu m’avais dit que vous deviez quitter la France. Chaque fois qu’une lettre a du retard, je m’imagine de suite que vous partiez et inutile de te dire que ce n’est pas avec beaucoup de joie que je pense à tout ça. Tu as dû te dire la semaine dernière qu’est-ce que cette pluie de lettres, j’étais courageuse pour une fois puis pour mon petit Amour en général, je le suis presque toujours, tu me gâtes tellement qu’il faut bien que je t’en rende un peu.
Au moins, Lou Chéri, soigne bien ta gorge, tu sais c’est grave si tu as une angine dyphtérique après tu comprendras ta douleur. Je t’assure que si j’étais près de toi, les gargarismes et les badigeons ne manqueraient pas. Je sais que le mal de gorge est très douloureux pour l’avoir assez supporté. En pension, j’ai eu un début d’angine, huit jours sans pouvoir avaler pas même causer, quelle vie, ciel ! À Lauzun, depuis quinze jours, il y a une forte épidémie d’angines et assez mauvaises, le microbe a-t-il atteint mon petit Amour ? Pourtant, moi je ne l’ai pas et je ne te l’ai pas envoyé, tu peux en être certain. Puis si tu es malade, attention aux permissions chéri, elles pourraient passer aux bleus. Enfin, si tu viens dimanche et que tu viennes me rejoindre à Monbahus, je veux bien descendre à Ste Livrade. Chez toi ils pourront dire que je suis une habituée de la maison bientôt mais c’est toi qui le veut bien. Je pense que le père sera assez clément puis ils vont servir au café à une fête votive à côté de Lauzun et ils m’avaient demandé d’aller les aider mais j’avais une excuse, j’étais invitée à un repas dimanche et puis j’avais dit à papa que peut-être je ne serais pas à Lauzun. Il n’a rien dit, il a peut-être oublié la consigne depuis son accident. Oh le voyage n’est pas bien fatiguant s’il ne fait pas chaud mais avec la température de ces derniers temps, il n’y a rien d’encourageant à faire de la bicyclette. Tu sais Chéri, j’ai ri en lisant ta lettre au sujet des bals. Que tu es taquin quand même Chéri ! Je n’ai rien à dire sur ce sujet là, je crois que j’ai cette qualité, nous ne nous le reprocherons pas, pas vrai Chéri ? Parce que je suis bien moqueuse. Quant à mettre notre fille si un jour nous en avons une dans une boîte en coton, ça non, au contraire et puis le défaut d’arriver à danser n’est pas grave pourvu qu’on aie pas l’intention de faire le mal, ma foi chacun est libre de prendre son plaisir où il le trouve pourvu que le plaisir soit sain, là tu as mon avis. Tu sais Chéri, si la réflexion de ma grand-mère le soir du huit juin était assez vexante, c’est rien à côté de tout ce que j’entends tous les jours. Pour toi, certainement, tu as dû la trouver encore plus dure que moi parce que j’y suis passablement habituée mais à un moment on s’en lasse quand même. C’est pourquoi Chéri, je n’ccepterais jamais de rester avec eux une fois que nous serons mariés. Moi-même je me sais pas très libre ici, qu’est-ce qu eça serait toi, pauvre Chéri.
Je ne commence pas une autre feuille parce qu’il serait trop tard et puis je ne trouverai plus rien à te dire sur la prochaine. En attendant la douce joie de te voir, reçois cher petit Amour, mes plus doux baisers. Petit chéri, je t’aime pour toujours.
PS : je croyais que c’était le dernier discours de De Gaulle que tu m’envoyais, toutes ces petites feuilles. Oh ne crois pas que tu ne veux pas, au contraire ?