Périgueux, le 7 août 1947

Mon cher petit Amour

Oh ! Comme fait bon de s’isoler et pouvoir se retrouver dans un silence serein, tout près de cette petite Chérie de mon coeur et essayer d’absorber encore quelques heures oisives que je dois vivre loin d’elle. O petit Amour, dans le désert de ces jours monotones tu es ce divin oasis où je viens sans cesse puiser de la force pour sourire même dans ma tristesse et ce petit calice où toute ma vie je viendrais épancher mon coeur. L’amour est une chose si grande qu’il faut qu’il soit au coeur pour pouvoir le comprendre et dans le vocabulaire, il n’est de mots pour pouvoir l’exprimer ; C’est ce formidable lien qui procure tant de bonheur à deux petits coeurs quand ils battent un près de l’autre et qui aiguise la souffrance quand ils vivent séparés.

Oh comme je voudrais être tout près de toi et pouvoir de toutes mes forces de chérir, sentir dans mes bras ton petit corps frissonner, si doux témoignage de l’égalité de ce suprême bonheur dans notre amour, n’avoir plus besoin de t’écrire « je t’aime » mais mieux que sur l’indiscret papier, pouvoir cueillir dans la profondeur de tes prunelles toute la flamme de ton petit coeur qui aime. Petite Chérie, tout ce bonheur qui semble nous réapparaître dans un rêve n’échappe peut-être à la réalité que pour quelques bribes de temps bien minimes dans les cycles des jours et si encore je ne peux préciser quand il sera, le doux espoir de bientôt le retrouver, augmente chaque jour.

Ainsi petit Amour alors que mes pensées voguaient vers toi, tandis que je recopiais sur mon reccueil de chanson « Epousailles » splendide chant que j’avais ouï pour la 1ère fois dans des livres de cette petite « alouette » que mon coeur trouvait si gentille. Un chic copain est venu m’apporter un courrier, une lettre de maman et la petite missive attendue. Naturellement c’était les nouvelles du Pin que j’appris d’abord ; on garde toujours les bonnes choses pour le dessert.

Je suis vraiment heureux que ma petite Mie ait passé une bonne journée en cette fête votive à Lauzun, tu me dis Chérie que tu ne ferais pas de folie pour aller au bal et que la lecture d’un livre te passionnerait davantage qu’une soirée dansante ; là tu sais, chacun ses goûts et son caractère, mais lorsqu’on sait qu’une distraction peut être saine, on peut intervertir. Pour ma part, tu sais, Chérie, la danse était une de mes favorites, mais je sais m’en passer et je t’assure, quand j’aurais à choisir : aller danser à Ste Livrade ou faire 5à km pour retrouver pour un jour, Mon cher petit Amour, je n’hésiterai pas (il est vrai que lorsque je suis libre, j’en aurai des dimanches à rattraper), tu ne crois pas petite Chérie.

En attendant c’est la vie de militaire, et je crois que Lou a tout fait et pris la position de tire au flanc. On est peinard à l’infirmerie. Pourquoi demander à reprendre la garde, il vaudrait mieux essayer de se faire expédier en convalo pour quelques jours, je n’ai pas jeté mon dernier atout, ce n’est pas aux singes qu’on apprend à faire la grimace. D’un autre côté, tu sais, ces deux mois de garde consécutives commençait à me travailler, je commençais à décoller, j’avais perdu 4 kilos et il valait mieux que je me repose avant la démobilisation, qu’arriver malade à la maison. Heureusement que j’ai eu ce début d’angine pour être hospitalisé. Ma plus haute température a été le matin que j’ai été consultant avec 37°9 autrement 37°2 ou 3 et je t’assure ma gorge a été plus vilaine que je n’ai été malade et mpn plus grand mal c’était de ne pouvoir manger. Enfin maintenant c’est passé et je vais tâcher de ma retaper.

Notre démobilisation est fixée au 18 septembre avec les jours libérables, nous devons partir au début du mois prochain mois. Cette semaine, la part SF et FN, tous ceux qui n’ont pas eu de détente sont partis en détente six jours, ceux qui doivent être démobilisés avec moi et qui n’ont eu leur détente ne l’aurons qu’en libérable, ce n’est pas de veine. Franchement, tu sais, ils préféreraient être renvoyés une semaine plus tard, mais aller maintenant revoir leur famille, enfin c’est ainsi, il ne faut pas chercher à comprendre.

Sur ce, je vais te quitter, car autrement je commencerai à ressasser, surtout après une missive comme dimanche. Enfin, Chérie, si des fois tu n’avais pas le temps de toutes les lire, tu pourrais m’avertir, je les ferai plus brèves. Ce midi, comme je lisais que tu attendais cette lettre pourtant que tu aurais dû avoir mardi, j’ai eu peur qu’elle n’ai pu passer ou seulement avec la surtaxe, ce serait tout à fait grave.

Dans l’espoir que très peu de jours s’écouleront avant d’avoir ma petite Chérie contre mon coeur et l’étreindre avec toute la force de mon amour, Reçois, O toi ma douce petite Mie qui est venue apporter dans mon petit coeur ce doux rayon de soleil que ne voilera plus d’autres nuages tant que je pourrais t’avoir dans mes bras, de ton petit Lou qui voudrait pour toujours être près de toi, les plus tendres baisers et les plus douces caresses.

Je croyais au bonheur d’aimer, je sentais toute mon âme vibrante d’amour mais je ne pouvais réaliser ce que pouvais être le bonheur de sentir battre contre sa poitrine un petit coeur qui vous aime. O petit Amour, Chérie petite Mie bien-aimée, limpide source de tout mon bonheur, me serait-il possible de te dire tout mon amour ? Un jour je te retrouverai, puis il viendra cet instant que nous rêvons si beau quand le Bon Dieu bénira notre amour et pour toujours tu auras Celui que tu aimes, tu seras heureuse, tu auras bien mérité de ton bonheur.

Tu sais petite Chérie, tu aurais eu de la peine si tu avais perdu un petit souvenir de ton Lou, ça n’aurait pas été grand-chose, ça aurait été plus grave si tu avais perdu un petit morceau de son coeur.

Petite Chérie, je t’aime