Vitailles, 9 août 1947

Mon cher petit Amour,

Demain dimanche, je n’aurai certainement pas le temps de t’écrire, Yves vient de nous annoncer des visites. Il est bientôt temps pour préparer les repas, enfin j’y suis habituée. Aussi pour être sûre que tu aies une lettre de ta petite Mie, ce soir je viens te retrouver par la pensée. Tu sais Chéri, ta lettre que j’ai reçue jeudi ne m’a guère surprise, je ne m’étais pas fait une grande joie à l’avance, je me doutais un peu de la chose. Enfin, tu sais je prendrai patience quelques jours de plus maintenant que la fin de ta carrière est proche. Oh je crois petit Chéri que ces quelques semaines vont passer comme un éclair en pensant à tout le bonheur que nous aurons après de nous retrouver quand nous voudrons. Je ne réalise pas Chéri. Tu sais je commençais à m’y habituer à offrir ces petits sacrifices loin de mon petit Amour. Dire que ça va être fini. Oh je crois que je rêve en pensant à tant de douceur.

Il me semble que je serais folle de joie une semaine à l’avance en pensant que le dimanche suivant, je retrouverai mon Lou Chéri. Dire que depuis l’an dernier, au mois de novembre, nous nous sommes rencontrés que trois fois. j’entends d’ici la reflexion de Lou mais tu ne me croiras pas si tu veux, il me semble que c’était hier que je recevais cette première carte de la caserne de Bx puis cette première lettre de Souge. Pour moi, le temps ne m’aura pas paru trop long, pour toi, certainement pas pareil, tout à changé, loin de ta famille avec cette main de fer qui vous tient sans cesse. Je crois que tu ne regretteras rien mon petit Chéri.

Je n’ai pas pu déchiffrer la date du mois de septembre : 10.13.18. je crois que le dernier est le bon, hein, Chéri. De ce fait, tu ne seras pas là à la fête de St Macaire le 31 août. Le dimanche suivant, il y a à Lauzun un concours de bétail et de produits de la terre, après je pense que tu seras démobilisé.

Dis Lou Chéri, sur ta lettre de dimanche, tu me parlais de bientôt m’apprendre une petite nouvelle. Tu peux bien me la dire puisque tu ne viens pas demain. Tu crois sans doute que la patience déborde chez moi. j’ai juste ce qu’il me faut mais pas de reste pour en revendre tu sais Chéri. Tu sais, elle est bien arrivée ta lettre mais sans doute vu son poids, ils ont jugé bon de la laisser reposer un jour à Agen avant d’atteindre la destination. Puis tu étais certain que je t’envoyais la note si elle avait été surtaxée. Surtout Chéri, n’aie pas de souci, j’ai assez de temps pour lire les lettres de mon petit amour, si longues soient-elles, même de les relire. Pourrais-je me lasser de te sentir près de moi. Oh non ! Chéri lorsque j’ai dans mes mains cette feuille de papier qui reproduit les plus douces pensées de mon petit Amour, il me semble que tu es tout contre moi, ton petit coeur près du mien, ils se comprennent si bien qu’ils voudraient toujours être un près de l’autre.

Je vais te quitter Lou mon cher petit Amour, avant de m’endormir, je t’envoie mes plus doux baisers, les plus tendres caresses.

Adieu mon petit Lou Chéri, je t’aime pour toujours.