(tapé à la machine à écrire)

Périgueux, le 10 août 1947,

Mon cher petit Amour,

Oh ! Tu sais petite Chérie, je pourrais, en cette soirée que je pensais passer près de toi, venir t’écrire avec cet engin qu’on appelle une machine à écrire, mais comme il paraît que ce n’est pas poli, je vais prendre la plume ; (ça ira plus vite).

 

(manuscrit)

Voyons, pourquoi se compliquer l’existence, il vaut bien mieux reprendre le moyen de correspondance de nos grand-pères et les sentiments ne seront que plus sincères. Cet après-midi, j’ai du temps à perdre aussi, je m’amuse ; comme j’étais encore aujourd’hui exempt de service, un camarade m’a demandé si je ne pouvais le remplacer pour la permanence au bureau de l’E.M., mon après-midi étant confisqué, c’est avec joie que je me suis offert. Oh ! Tu sais Chérie pendant plus d’une heure je me suis exercé avec la machine à écrire, j’vais un paquet d’une quarantaine d’enveloppes, j’ai presque tout imprimé, sûrement tu recevras encore des adresses imprimées alors que je serai démobilisé.

C’est avec un peu mal au coeur que je pense en voyant ce temps magnifique au doux bonheur que j’aurais si j’étais avec mon petit Amour sur les bords du Lot. Hélas, du bonheur qui ne doit exister ! Pourquoi essayer d’en rechercher la trace ? Un jour je l’aurai tout cet immense bonheur, te serrer dans mes bras, te donner tout mon coeur en baisers. O petite Chérie depuis le temps que tu en es privée, tu en auras bien mérité.

Toujours ce même mot vague quand je te reverrai. Je croirais me trouver dans une nuit ou ayant perdu le contrôle du temps. j’ignore quand apparaîtra l’aurore, O petite chérie, je n’ai pas le cafard, mais je m’ennuie, voici deux dimanches passés enfermé, vécus en païen, ce matin pour tuer le temps nous avons joué au football. Ce soir, j’ai essayé de me servir de la machine à écrire, après la soupe, j’irai me promener (dans le quartier), bien triste journée. Dire que peut-être aussi à cette heure, mon petit Amour ne sait quoi trouver pour se distraire et que si nous étions ensemble les heures paraîtraient si brèves, jamais nous ne nous lasserons d’être un près de l’autre. Oh que peuvent être pour moi les plus attrayantes distractions quand j’ai la possibilité d’être auprès de mon petit Amour, il fait si bon quand c’est le coeur qui est heureux. Avant que mon petit coeur n’aie parlé, dans la danse, je trouvais un moyen de tuer le temps maintenant , je m’ennuie même au bal (quand on a goûté le dessert, ce n’est pas bon de revenir au potage). Le vrai bonheur je l’ai ressenti pour toujours, il est à la fois si concentré et si grand, c’est ma petite Mie avec tout ce qui est d’elle. Oh ! Chérie, mon doux bonheur que je t’aime.

Je crois que maintenant tu ne verras plus ton petit Lou en militaire, ça ne fait rien si tu l’as bientôt près de toi en civil, si tout est normal, j’ai la libérable vers le 7 septembre et nous devons partir chez nous en civil, une 24h nous étant accordée à l’avance pour aller chercher nos effets. De ce fait, tu ne verras pas Lou avec sa sardine, tu pense 1ère Classe, je voulais t’en faire la surprise mais je n’aurais peut-être pas la joie de te voir avent la quille. Le plus embêtant dans l’histoire c’est qu’on fait fonction de brigadier, ça c’est bien fait pour les faillots. Quant au petit bout de galon rouge, il n’y a pas de quoi en être fier, enfin c’est toujours une petite récompense (sur les adresses Canonnier tout court c’est bien mieux)

reçois mon petit Amour, tous mes plus doux baisers

Petite Chérie que je t’aime

 

(à la machine à écrire)

petite Chérie, je t’aime pour toujours