Périgueux, le 12 août 1947
Mon cher petit Amour,
je suis vraiment heureux que pour ma petite Chérie, ce temps vécu depuis la réception de la 1ère lettre de son petit Lou soldat est paru des plus bref. Il vaut bien mieux puisqu’il devait être un premier sacrifice que nous devions vivre, où pendant des mois qui pouvaient nous paraître longs, nos petits coeurs devaient être séparés. Sûrement si pour moi le même soleil est venu éclairer de sjours semblables où la même attente impatientait nos petits coeurs, une petite différence pouvait augmenter la langueur de ces jours passés loin de cette petite pays dont le doux souvenir me forçait à évoquer les instants de bonheur que je vivrai près d’elle. Si pour toi, mon petit Amour, ces mois qui ont suivi mont départ ont été vécus dans la même atmosphère que les précédents où encore, tu ignorais les douceurs de se sentir choyé par un être qu’on aime avec tout l’élan du coeur pour moi, bouleversant tout le rythme de ma vie, ces mois resteront gravés dans le cours de mon existence. Alors qu’un jour, dans le suprême bonheur de ne plus te quitter, d’être à toutes les minutes de mes jours tout entier à mon petit amour, j’oublierai ma petite souffrance, quand je devais vivre loin de toi, tous les instants de mon service militaire resteront ineffaçables. Il faut l’avoir vécu pour pouvoir le comprendre, à peine 10 mois auront pesé sur ma jeunesse et j’en ressortirai tout métamorphosé, si après trois mois je me trouvais déjà tout changé maintenant, je ne ma reconnais plus. Tu ne peux pas croire ce que ça peut tremper le caractère, celui qui n’a pas fait d’armée ne pourra jamais savoir ce que c’est que de devenir un homme, les années le mûriront mais c’est à la longue qu’il se transformera. Encore pour moi qui dans mon adolescence avait connu l’absence de cette quiétude familiale et été élevé au service des autres apprenant à connaître cette injustice du supérieur, cette atmosphère de la caserne n’était apparue à peu près sous son visage, mais je t’assure petite Chérie pour celui qui n’a connu que la tiédeur du nid maternel et a grandi, ne connaissant que son seul maître, est drôlement dompté et en sort méconnaissable.
Ainsi mon petit Amour, si comme je te l’écris à peu près franchement, j’ai sûrement passé des jours où j’aurais voulu être plus vieux de quelques mois et avec la mort dans l’âme, compter les longs jours qui nous séparaient de la fin, tu ne peux comprendre mon bonheur en voyant la classe approcher. Un jour, je serai enfin libre, je pourrais retrouver cette joie de vivre au milieu de tous ceux que j’ai dû quitter, redonner à mon corps, à mes bras ce travail vivifiant, cette santé qui risquerait de faiblir, si cette inactivité se prolongeait et enfin ce qui pour moi est immense, pouvoir retrouver ces instants de bonheur extrême, serré contre le coeur de ma petite Mie. Oh ! À quand est-il ce beau jour ? À quelle date sera-t-il ? Là que Lou n’aie crainte, il connaîtra le jour du départ, quand il aura sa fiche de démobilisation dans les mains, pas avant. Enfin, de toute façon l’espoir est chaque jour grandissant ; si la date officielle est bien le 18 avec les 10 jours libérables ça porterait au 8, comme il y a un dimanche au 6, encore 25 jours, sans compter qu’une perme de cinq jours doit être accordée aux 1ères classes + 24h pour aller cherche les effets civils (arrêtons nous dans nos calculs, il n’y aurait bientôt plus assez de jours à soustraire avant la quille) et en homme raisonnable, je compte du 25 au jus.
Tu sais, petite Chérie, malgré que comme je te le déclare, le temps me paraît parfois interminable et que j’ai des heures d’ennui, rien ne saurait porter atteinte à ma bonne humeur et quand il faut rire, je suis là, tu comprends bien que si à la caserne tout le monde se lamentait de son sort, la vie serait intenable et également, il faut bien de bonnes paroles pour redonner espoir à ceux qui doutent de voir un jour la quille. Et puis tu sais aussi, Chérie, ton petit Lou a un vilain défaut, il lui arrive de mal interpréter et de devenir moqueur. Figure-toi, à midi, comme je lissais la gentille lettre de mon petit Amour, à un certain passege, je n’ai pu m’empêcher de rire aux éclats, vraiment ma petite Mie est tout à fait humoriste sans le vouloir et à Lou rien n’échappe : « de ce fait tu ne seras pas à la fête de St Macaire le 31 août.Le dimanche suivant, il y a à Lauzun un concours de bétail et de produits de la terre, après je pense que tu seras démobilisé. » dis petite Chérie, si c’est une invitation au concours que tu m’offres, tu spécifieras si c’est dans les ânes ou les bêtes à cornes que je dois concourir. Tu me pardonneras d’être aussi railleur, pour si mal interpréter une phrase qui a été écrite sans porter attention à son double sens. Quant à ton petit espiègle de Lou, il en rit encore.
Petite Chérie, je vais te quitter dans l’espoir d’être avant longtemps tout près de toi et te serrer encore contre mon petit coeur et malgré que les jours qui séparent mon retour s’éclaircissent, tu ne peux croire comme il me darde. Il fait si bon près de toi mon cher petit Amour.
Reçois de ton petit Lou qui t’aimera toujours tous les plus doux baisers et tout son petit coeur.
Adieu Mie, mon cher petit Amour pour toujours
Je t’aimeraoh ! Petite Mie si douce, je veux être toujours et pour toujours ton petit Lou qui t’aimera