Vitailles, 12 août 1947

Mon cher petit Amour,

A chacun son tour d’être gâté, mon petit Chéri, tu as dû recevoir des lettres jeudi et vendredi, je croyais que tu ne la recevrais que samedi, elle a fait un excès de vitesse, n’est-ce pas Lou mais peut-être après tu auras trouvé le temps long surtout sans rien faire.

Tout d’abord, je vais te féliciter de tes galons, je croyais que tu n’en voulais pas, Chéri, tu l’as accepté quand même. Quant aux fonctions de brigadier, elles ne doivent pas être terribles. Vas-tu monter la garde comme avant d’être malade ? Maintenant je regrette de ne pas te revoir en militaire, je ne saurai pas si les sardines te vont bien. Puis encore à choisir, je préfère te revoir en civil car enfin tu auras fini ce fameux service militaire. Sans beaucoup de regrets, je pense, à mon avis, vive la liberté, n’est-ce pas mon petit Amour.

Pourquoi Lou Chéri, une lettre n’est pas polie quand elle est tapé à la machine à écrire ? Pour moi, personnellement, je n’y vois pas de changement, pourvu que j’ai une lettre, ça m’est égal, tu en as mis des insertions dans le coin de ta lettre et en plus le tampon, tu l’arranges au lieutenant, certainment, il ne doit pas s’appeller la Quille, c’est toi qui le nomme ainsi. Que tu es moqueur Lou Chéri.

Dis Lou, si tu as tapé toutes ces enveloppes, as-tu mis la même adresse de l’expéditeur, dans un mois si je répond à Périgueux, te parviendront-elles, peut-être ces messieurs seront assez gentils pour te les faire suivre.

Dimanche dernier, nous avions le Père Bénardin dont je t’ai parlé plusieurs fois. Il était chef de mission auprès de Madame de Boulogne (en Lot et Gar). Il a tellement édifié les prêtres que maintenant il va aussi prêcher plusieurs missions en lot en Gar. Il nous a dit que Monsieur le curé de Ste Livrade l’avait aussi demandé alors tu auras la chance de la connaître. Tu sais lorsqu’il est arrivé à la maison, il était au courant de mes fréquentations, de celles d’Yves, inutile de te dire que nous avons passé à la chaîne.

Dans la soirée, je suis descendue à la fête votive à un petit hameau à côté de chez nous, j’ai dansé un peu mais, tu sais, je fais comme toi, je m’ennuie, je ne trouve rien d’intéressant quand je sors. Oh si tu étais là, ce serait différent. Pourtant, je t’assure, j’aurais pu danser tant que j’aurais voulu, c’était rien que des marches et des javas, je crois qu’ils ont joué trois valses, trois tangos et une rumba. Oh ! Vivement que ce mois soit passé et que je te retrouve mon petit Amour, au moins après, je ne m’ennuierai plus avec toi. Et encore, moi j’ai de la chance, je t’ai revu au mois de juin. Pourtant, il y en a bien d’autres comme et certainement elles doivent trouver le temps plus long que moi encore.

Ici, je vais te quitter mon cher petit Amour en t’envoyant mes plus doux baisers.

Adieu petit Chéri, je t’aime pour toujours