Vitailles, le 14 août 1947
Mon petit Amour,
On dirait que tu les comptes les jours qui restent à faire derrière la grille de la caserne, quelle impatience, vous n’êtes pas des hommes ? À peine vous avez eu le temps de vous habituer à cette vie militaire que déjà vous ne savez quels mots employer pour exprimer votre impatience de véritable petites filles ! j’entends d’ici mon Lou Chéri dire « ah si elle y était, elle saurait comment ça se passe à la caserne ». tu sais elle ne te plains plus ta petite Mie.
Dis Lou, tu ne me racontes pas ce que tu fais depuis que tu as eu ta sardine rouge de 1er Canonnier ou l’emploi du temps n’a pas changé, ça n’en vaut pas la peine d’avoir des distinctions. Ah ! Pardon cinq jours d’avance sur la démobilisation, tu ne les tiens pas encore. Et puis moi , si j’étais vos chefs, au lieu de cinq jours d’avance, je vous donnerais cinq jours de plus au contraire. qu’est-ce que c’est sur le nombre, des jours surtout votre temps, ça ne se connaît pas. Et pour moi j’ai attendu patiemment ou impatiemment jusqu’à maintenant, j’attendrai encore cinq jours, même dix de plus ou de moins, je n’en suis pas à ça près pourvu que je te retrouve en bon état, tu sais pas sans tête, autrement je n’accepte à aucun prix mon petit Lou Chéri. Je commence à avoir peur Chéri, tu me dis que le S.M. t’a métamorphosé. Tu sais que d’après Larousse, métamorphose veut dire complètement de structure ou de forme qui surviennent pendant la vie des animaux. Et je crois que je vais avoir raison de t’amener au concours le 7 septembre. Tu es sûr de décrocher un prix extraordinaire, une personne qui se transforme en animal ; pas avec les ânes, tu as les oreilles bien trop petites, on te prendrait pour un écimé, ce n’est pas bien joli ! Je ne sais pas trop avec quels animaux on pourrait te classer. Attends, mon petit Lou, je ne vais rien laisser perdre, petit railleur, ce sera du prêté, pour du rendu à présent monsieur Lou.
Je comprends c’est la joie de voir approcher la Quille qui te rend si joyeux, vous ne devez pas souvent pleurer maintenant, pour moiu aussi, je t’assure. Après avoir fait la moqueuse, c’est avec grande joie que je recevrai cette dernière lettre de Périgueux. Après j’aurai mon petit Amour plus souvent, quel bonheur, Chéri, de te retrouver et puis ne plus dire maintenant à quand la prochaine permission au Pin, on sera plus généreux qu’à Périgueux ou à Souge. Enfin, c’est bientôt fini, Dieu merci.
Pour ce soir, je vais te quitter, demain, il faut se lever aussitôt que les autres jours à cause des messes et puis il y a la sépulture de la mère de trois de mes camarades, pauvres petits, elles vont la sentir passer cette terrible épreuve à 18 ans, on comprend ce que c’est qu’une mère. La destinée de chacun est tracée, la route est plus ou moins tortueuse.
Adieu mon petit Amour, de ta petite Mie, reçois les plus doux baisers. Petit Chéri, je t’aime pour toujours.