Périgueux, le 14 août 1947

 

Mon cher petit Amour,

Comme ce soir, je ne serais peut-être pas libre, vu que nous devons sortir en ville avec des camarades, je viens un peu devancer la lettre de ma petite Chérie et la retrouver en cet après-midi.

Demain, fête de l’assomption. Il m’est arrivé des années précédentes de porter une attention particulière pour ce jour du 15 août, il m’est arrivé, comme maintenant pour la classe, de désirer, presque impatiemment de voir enfin cette date arriver. Cherchant dans ma mémoire , je retrouve ce dernier « 15 août » tant attendu, c’était en 1944, sûrement bien que l’on prétend qu’il ne faut pas toujours prendre garde aux caprices de la jeunesse même quand on a 18 printemps. Je ne peux que reconnaître encore que les causes de mon impatience étaient bien valables. Sûrement, petite Chérie, encore là je semble de causer bien mystérieusement ; rappelle-toi le soir du mariage de Lily et les confidences faites à ma petite cavalière. Oh ! Tu sais, petite Chérie, quand je te disais alors que nous avions à peine commencé de nous tutoyer : « Yvette, tu es pour moi une amie », c’était déjà, de mon petit coeur que je t’offrais, je ne sais quel formidable attrait j’avais pour toi, je ne pouvais encore bien te connaître et déjà je t’épanchais toute mon âme plus que je n’avais osé le faire à aucune personne, même à un ami. Pour toi encore, tu n’y portais guère attention et je suis sûr que c’est vaguement que tu essayeras de te remémorer ce que j’ai bien pu te confier, du moins te dire, dans notre petite promenade sur les bords du Lot, en cette soirée du 11 octobre 45. Je serais en ce moment près de toi, il me serait facile de reprendre notre entretien et sûrement ma petite Chérie ne serait pas la petite auditrice distraite par lettre, je ne saurais y revenir, mais le Bon Dieu nous réserve certainement encore beaucoup d’après-midi de beaux jours à vivre dans les bras un de l’autre, enchaînés dans notre petit amour et ou à la fois nous pourrons entendre et sentir palpiter nos petits coeurs qui s’aiment.

Comme ce 15 août où je fais allusion, d’autres ont vécu rythmant des années et celui-ci aussi que je vivrais militaire, aura vite disparu rejoint bientôt par ceux qui suivront dans la course du temps. Que sera le prochain ? Comme ma petite Chérie au soir de la St Jean, je peux jeter un point d’interrogation sur cette même date en 48 en gardant en moi la réponse des sages : « le temps, l’avenir vous l’apprendra ». puis, dis petit amour, sans essayer d’entrevoir si loin, à cette date aurais-je eu le bonheur de t’étreindre contre ma poitrine le mois prochain ? Qui sait, nous penserons peut-être à nous revoir pour une deuxième fois ? Ce n’est pas parce que depuis plus de deux mois, petite Mie n’a pas vu son petit Lou que ça doit se prolonger indéfiniment. Bien que les généraux sont très anciens dans l’armée, il n’y a pas de militaires qui n’aient achevé leur carrière en bien ou mal, elle arrive pour tout le monde « la Quille ».

Dans ce doux espoir de bientôt te serrer dans mes bras et pouvoir mieux t’exprimer tout le bonheur de mon petit coeur, reçois, o toi mon cher petit amour tous mes plus tendres baisers. Si tu étais contre mon coeur, les plus douces caresses et comme le suave parfum qui s’échappe des roses, de mon petit coeur à tous les instants vers toi petite Chérie, tout l’amour de ces mots.

O petit Amour, petite Chérie je t’aime… pour toujours je t’aime…

5 heurs, catastrophe ! Moi qui pensais sortir ce soir et aller à la messe demain ; on vient de m’avertir : de garde à partir de ce soir à 4h jusq’à demain soir et voici quel sera mon 15 août 47. je t’assure petite Chérie, l’année dernière, je ne me serais exécuter sans rien dire. Soldats à vos postes, on y va !