Périgueux, le 17 août 1947,

 

Mon cher petit Amour,

Me voici de retour de la messe et pour prolonger la douce joie de me sentir tout près de toi, petite Chérie, je viens en cette lettre t’apporter tout mon petit coeur.

Hélas, j’avais pensé passer un beau jour pour le 15 août, comme pour la Pentecôte, c’est au poste de police que je l’ai écoulé, je t’assure, ça me savait mal alors que depuis le 26, je n’avais pas monté la garde, il a fallu que ça tombe pour la journée de l’Assomption, j’aurais pu être de mauvaise humeur, à quoi ça aurait pu servir, au contraire dans ma déveine, j’ai essayé de concentrer le plus de bonne humeur possible et de sourire. Et puis n’ai-je pas la douce joie, intarissable consolation de penser à ma petite Chérie qui elle aussi, quand une petite ombre se glisse dans le ciel de ces jours retrouve cette même raison d’être heureuse dans le trésor de son petit coeur. O petite Chérie, que c’est doux d’aimer. Je t’assure mon petit Amour, si parfois cette vie de discipline militaire m’a été moins austère c’est bien grâce à toi. Sûrement mon coeur serait indépendant, je n’aurais pas connu cette souffrance de vivre loin de toi, de ne pouvoir te chérir souvent tout contre ton petit coeur, mais par contre tout le bonheur que tu m’as donné, tes si douces missives où à chaque mots étaient imprimés l’affection de ma petite Chérie, son si tendre amour pour son petit Lou. Et puis aussi Chérie, « là je t’apporte les petits secrets de mon coeur », n’y a-t-il pas loin un de l’autre une si belle occasion de se découvrir soi-même ; tu vois petite Chérie, même pour des jeunes chrétiens bien éduqués vers cette foi de l’amour que nous a donnée le Bon Dieu, il peut arriver que d’avoir , dès le début de leur fréquentation, la possibilité d’être très souvent un près de l’autre, ils n’entendent franchement cette petite voix du coeur. Ils subissent très bien cet attrait un vers l’autre mais dans cette force qui les attire, il y a un fait impur, quand il a donné un corps à nos âmes. Et pour deux jeunes qui s’aiment ce n’est pas un pêché de penser qu’un jour même de corps, ils soient tout un à l’autre, mais vois-tu ma petite Chérie, il peut arriver que d’être toujours un près de l’autre, sous cette douce sensation de nos corps la voix du coeur peut être la plus faible et il arrive « tout en restant chaste » que l’on se désire plutôt que l’on s’aime. Or tu sais ma Chérie que pour être entièrement certain d’aimer toujours, il faut que le coeur aie la plus grande place, si vraiment c’est le petit coeur doux reflet de l’âme qui forme le plus grand lien dans l’amour, pour la vie ces deux êtres ne verront faiblir leur union. Alors que l’union des corps risquerait de s’affadir avec les jours, celle de l’âme ne cessera de grandir. Tu vois ma petite Chérie, il m’est arrivé souvent quand mes pensées étaient toute vers toi de rechercher d’où venait la plus grande force de cet attrait et puisqu’avec toi, je veux être sincère, je ne distinguais pas très bien. De longs mois ont coulé sans que nous ayons pu être un près de l’autre, seuls par lettre nos petits coeurs s’échangeaient, m’apportant la douce joie de sentir un tendre coeur me baigner de son amour de tous les instants et ainsi tu ne peux croire comme a grandi en moi, si bien partagé tout mon amour en ce sentiment indéfinissable de l’âme : être un jour, même déjà, de coeur tout à ma petite Mie et un en l’autre dans cette volupté spirituelle voguer vers cet idéal qui nous est apparu splendide, vers notre petite étoile.

Ma petite Chérie, je serai tout près de toi que de sujets aussi intéressants nous pourrions développer, les âmes se comprennent d’autant mieux c’est de vive voix qu’elles s’expriment. Heureusement il approche ce fameux jour où nous serons réunis et au lieu d’être ces termes morts d’une lettre que le lecteur doit faire revivre. J’aurais à la portée de mon ouïe la douce voix de mon petit Amour, je pourrai entendre et ressentir toute l’expression de ce petit coeur chéri et dans toute la grandeur de mon bonheur, o comme je pourrai te chérir. Dis mon petit Amour, reliant mes pensées de cette missive avec celles que je te laissais entrevoir jadis, crois-tu qu’une vocation dans cet amour conjugal soit banl ? O petite Chérie, je ne saurais critiquer ces petites jeunes filles qui ont fait le don de leur vie du monde pour se retirer dans la solitude pour le service des âmes. c’est aussi une belle vocation bien qu’avec la vocation du mariage, ce n’est nullement la même chose mais chacun a pour lui la conception de son avenir et par dessus tout l’index de sa destinée.

Maintenant Chérie, il ne faut pas croire qu’une de ces vocations soit tout en rose tandis que l’autre n’aurait qu’un ciel gris. Sûrement si pour la petite religieuse, toutes les joies de l’amour seront pour toujours inconnus que la petite jeune fille qui a promis son coeur et l’échange dans la sincérité du véritable amour ne se fasse pas que des illusions d’azur et si elle vient à goûter des douceurs extrêmes qu’elle ne doute pas qu’il y a la contre partie « y aurait-il des roses sans épines ? » Maintenant, n’écoutons pas les jérémiades de ces pauvres époux qui prétendent que la vie conjugale est un calvaire alors que c’est eux-mêmes qui ont créé les obstacles, mais sûrement petite Chérie, il existe des obstacles naturels qui auront besoin pour les franchir de toute la fusion des deux coeurs et de l’aide divine mais ils seront d’autan plus faciles à passer qu’ils seront connus. c’est d’ailleurs pourquoi c’est un devoir d’aller à leur découverte. Vois-tu petit Amour, plus on essaie de réfléchir et de rechercher la source du bonheur et plus on se trouve sur la route de ce magnifique idéal jaciste. Pourrions-nous douter de notre foi.

Dire que quand j’ai commencé la lettre je me demandais quoi t’écrire. Heureusement que mon petit Amour n’est pas offusqué par la longueur de mes missives.

Je vais te quitter pour ce soir mon cher petit Amour, reçois de ton petit Lou qui t’aime tous ses plus doux baisers et mille caresses.

Toujours à toi, ton petit Lou

Petite Chérie, je t’aime.