Vitailles, 17 août 1947
Mon cher petit Amour
Encore un dimanche loin un de l’autre, je t’assure que si tu le passe aussi gaiement que moi, tu ne t’amuseras pas beaucoup. Aujourd’hui c’est la fête dans un village voisin, chez les grands-parents de mes petits voisins, aussi je seule avec le petit Jeannot. Je voulais qu’il suive Yves, il n’a pas voulu, il veut aller à la pêche, ça ne me tente guère, il fait chaud, c’est loin et depuis deux jours, je suis un peu fatiguée. Oh ! Va ce n’est pas grave, je ne suis pas encore morte et tu sais encore si c’était dangereux, je passerai un message à St Pierre, qu’il attende encore quelques jours, je veux revoir mon Lou Chéri avant de passer pour l’autre monde.
Je crois qu’il y a à peu près un an demain, le 18 août était un dimanche, j’étais descendue au Pin, il y avait aussi Lily et Loulou.Oh, tu sais je n’ai pas très bonne mémoire mais je me souviens bien de toutes ces bonnes journées que j’ai passées au Pin. Bien qu’à ce moment là tu n’occupais pas mes pensées, j’aimais déjà bien aller passer une journée parmi vous tous. La première fois que j’y suis allée, c’était pour les fiançailles de Lily et Loulou, j’avais été si bien reçue, ta maman avait tellement affectueuse pour moi que de suite je me suis sentie bien et un peu comme dans un petit coin de paradis. Dans un foyer, un père, une mère, des enfants déjà grands mais restés bien chrétiens. Oh ! Lou Chéri, ce n’est pas pareil ici, d’ailleurs mes grands-parents ont eu beaucoup de peine, ils ne sont plus jeunes et je crois que c’est plus difficile qu’on ne croit de s’adapter au milieu de vie dans lequel on doit vivre, il arrive toujours que quelqu’un en souffre, il y a une différence si grande entre les jeunes et les vieux.
Comment as-tu passer ta journée de vendredi 15 août, vous a-t-on donné la permission de sortir pour aller à la messe. Tu dois commencer à compter les jours qui certainement ne doivent pas passer assez vite, enfin dans quinze jours, le mois d’août sera mort à son tour et 1947 aura vécu les trois quarts de son existence. Le plus ennuyeux c’est que nous passons aussi avec les années, moi je voudrais toujours rester jeune. lorsqu’on arrive à un certain âge, on est comme les machines qui ont trop marché. Toujours il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, c’est normal notre corps est bien un peu une machine qui s’use un peu chaque jour mais ce qui ne devrait cesser d’user c’est le coeur. Moi il me semble que je t’aimerai autant quand nous vécu cinquante ans ensemble. Dès à présent on me dit toujours que je verrai bien, que ça changera, je n’arrive pas à le comprendre, mon imagination est trop petite sans doute mais pour le moment je ne comprends qu’une chose, que si nous sommes bien fidèles un à l’autre que chaque jour nous demandons au Bon Dieu de protéger notre amour, notre bonheur ne ternira pas et cette petite flamme qui brille au fond de nos petits coeurs brillera toute notre vie si longue soit-elle, n’est-ce pas mon petit Amour ?
Je vais te quitter mon petit Lou Chéri pour passer l’après-midi, je vais classer tes lettres, je vais avoir du travail, elles sont tellement mélangées depuis deux ans. Il y aura exactement deux ans après demain que tu m’as écrit pour la première fois, depuis que de lettres !
Adieu mon petit Amour, de ta petite Mie qui est toujours près de toi par la pensée, reçois les plus doux baisers. Encore combien de dimanche sans toi petit Chéri. Je t’aime pour toujours.