Périgueux, le 19 août 1947

 

Mon cher petit Amour,

 

Comme ce soir je serai de garde, je viens en cet après-midi quelques instants près de toi. Voici d’ailleurs deux lettres auxquelles je dois répondre.

Pour la 1ère fois, ma réponse sera très brève, c’est dommage que je n’ai été avec toi pour les entendre, j’aurais sûrement bien ri, c’est drôle sur le papier parfois. Les bonnes plaisanteries ne sont pas lues de la même façon qu’elles sont écrites et je t’assure petite Chérie à la première lecture de ta lettre j’ai regretté d’avoir pour rire, relever une expression de ma petite Mie qui semblait avoir été piquée au vif dans la critique d’une version. Puis en relisant, j’ai supposé que c’était moi qui interprétait mal et je préfère cesser les hostilités verbales. Quant à mon vocabulaire, il est sûrement bien incomplet et imparfait mais des mots comme « métamorphoser » ont un sens figuré.

Maintenant « Halte au feu » je me rends, ma petite Mie a peut-être raison de nous appeler « petites filles », pour moi l’expression ne m’est pas inconnue. Quelque peu l’air de Bibi ou d’omelette et j’attendrai d’être tout près d’elle pour faire les gros yeux pour reprendre l’illusion d’être un petit homme.

Aujourd’hui une autre lettre de mon petit amour. Cette fois, je retrouve vraiment son petit coeur de toujours. Attention petite Chérie, comme tu me recommandais quand j’avais mal à la gorge, soigne-toi bien ; de tout coeur, je souhaite que ce soit tout à fait passager et que ma petite Chérie soit déjà remise.

Dis, petite Chérie, j’ai reçu hier une lettre de Maman m’apprenant la visite de Lily et Loulou pour dimanche au Pin en l’occasion d’une fête près de chez Louise. Comme j’ai droit à une permission pour aller chercher mes effets civils, j’en ai posée une pour le 24 de 36 heures. Me sera-t-elle accordée pour ce jour-là ? Voilà la question. De toutes façons je devrais être de retour le dimanche à minuit puisque le lendemain nous partons revoir pour quatre jours les « Ratons » à la Bracome pour d’autres manœuvres. 2Ème question : me serait-il possible de voir ma petite Chérie en reportant nos projets au 10 ? pour cela il me faudrait une réponse de ma petite Mie pour savoir si elle sera libre et si cela lui est possible. Si j’ai une réponse affirmative samedi à midi pour cela, le temps est juste, il faut qu’elle parte vendredi matin de Lauzun, tu seras avertie par message si j’ai ma perme. Sinon je serai seul au Pin si j’y vais.

Tu sais, Chérie nous sommes peinards maintenant. Depuis Vendredi, je n’ai pas été de garde, comme les 1er jus sont exempts de corvées, je me la coule douce. Je suis sorti en ville trois soirs de suite. Pour rattraper le temps perdu, on dort le jour et ainsi le temps passe plus vite. Pour la garde encore, cette semaine, comme tous les bleus sont en perme, nous devons la prendre à cause du manque de soldats, ensuite si nous avons à la prendre ce sera avec eux comme Fonctionnaire bricar de Poste, quant à la paye nous touchons 1 franc de plus par jour.

Je termine ma lettre en espérant avoir une réponse samedi à midi et ma perme accordée. En attendant la grande joie de t’avoir dans mes bras, reçois mon cher petit Amour tous mes plus doux baisers. Pour toujours petite Chérie, je t’aime.

Dis Chérie, j’attends ta lettre que tu m’écriras ce soir pour clore le 1er cent. J’espère bien que lorsque nous en aurons écrit un autre, pour nous il y aura du neuf ou nous nous runerons en timbres, n’est-ce pas Chérie.

Mon petit Amour, je t’aime.