Vitailles 19 août 1947

 

Mon cher petit Amour

 

il y a quelques temps que je t’écrivais, même la fatigue ne m’empêcherai pas de retrouver mon petit Chéri, si fatiguée que je sois, je ne le serai jamais pour ne pas répondre à tes lettres. Pourtant ce soir, ça chavire dans ma tête, elle est complètement vide, mes doigts font les petits paresseux, aussi il pourrait arriver que ma lettre ne ressemble pas à celles de mon petit Amour qui lui répond toujours à une petite lettre par une grande ce qui d’ailleurs ne me fâche pas bien, au contraire.

Il faut croire Lou Chéri, que nos âmes sont bien sœurs, nos pensées aussi. Dimanche lorsque je classais tes lettres, il m’arrivait d’en relire une par ci, par là et je me suis arrêtée sur cette lettre où tu répondais à celle dont je te parlais de vocation religieuse. Tu ne penses pas croire à quel point j’ai été absorbée par cette lettre. Que j’étais gosse encore, il y a deux ans, comme j’approfondissais peu les choses, je ne veux pas dire que je suis la sagesse même, au contraire, j’ai encore beaucoup à apprendre mais quand même, je réfléchi un peu plus.

Pauvre Chéri, combien de fois j’ai été vexante à tous égards, comme j’ai dû faire souffrir ce petit coeur de mon Lou Chéri qui m’aimait déjà en silence. Et vois-tu, sans t’aimer, j’avais confiance en toi et tu étais mon petit confident, j’ai été toujours très franche avec toi, tu me remplaçais un peu Lily, c’était tout et maintenant que tu as tout mon petitcoeur, saurais-je te cacher quelque chose, je sais que tu es sincère, pourquoi douter de toi Chéri.

Oui ! Pour nous Chéri, ce temps que nous avons passé séparé un de l’autre aura certainement affermi notre amour et après lorsque nous nous serons retrouvé, nous apprécierons mieux le bonheur de nos petits coeurs d’être un près de l’autre, la souffrance nous aura grandit et c’est le véritable amour que Dieu place dans tous les coeurs qui nous unira pour toute la vie.

Tu n’as pas perdu ton habitude de parler mystérieusement, je ne comprends pas très bien la lettre que j’ai reçue hier, tu me parles de 15 août 1944, je ne te connaissais pas encore en 44, je n’étais pas descendue au Pin. De la conversation dont tu pouvais entretenir le soir du mariage de Lily et Loulou, je ne m’en souviens plus depuis deux ans, il faudrait avoir une bonne mémoire. Heureusement, toi tu l’as bonne, ça me servira dans le temps quand j’oublierai quelque chose, tu me le rappeleras, n’est-ce pas Mon petit Chéri.

Là je vais te quitter, je dors debout. De ta patite Mie qui t’aime, reçois les plus doux baisers et tou son petit coeur.

Adieu mon petit Amour, ta petite Mie pour toujours, Chéri je t’aime.