Périgueux, le 25 août 1947

 

Mon cher petit Amour

 

« Il ne faut pas avoir peur de se séparer puisque c’est pour lutter, pour gagner la grande récompense » n’est-ce pas encore une si belle phrase parmi ces magnifiques mots écrits avec toute l’expression du petit coeur de ma petite Chérie ? Si je me souviens encore c’était la réponse à une première lettre où une première lettre où laissant épanchée mes pensées j’évoquais une splendide journée qui m’avait offert cette joie en moi toute nouvelle et qui risquait de s’engloutir avec la fuite des jours. Qu’était donc cette joie qui se muait déjà en une petite peine en voyant s’éloigner cette petite jeune fille qui m’avait offert d’être une camarade ? Est-ce qu’après quelques heures d’entretien avec une personne inconnue le cœur puisse prétendre d’aimer et prolonger ces même palpitations d’amour durant toute sa vie ? Pour tout il est un début. Et déjà c’était temps moi une petite souffrance de voir s’éloigner cette petite camarade que peut-être je ne retrouverai plus sur mon chemin ou du moins ne serait toujours que la camarade dans la lutte commune vers notre idéal jaciste… revenons à ce que fut la suite. O mon cher petit Amour comme le Bon Dieu a bien fait qu’à ce moment-là tes sentiments ne soient les mêmes que les miens. À ce moment-ci seraient-il encore égaux ? J’en doute. O comme cette indifférence à mon égard a pu m’etre favorable. Comme on apprécie un bonheur quand on a un peu souffert pour l’avoir. Il m’était arrivé de rêver à la suprême joie que j’aurais si un jour je sentais cette petite Yvette, blottie contre ma poitrine, s’abandonner dans mes bras et en même temps une ombre entrait en mon cœur en pensant que cela n’existerait jamais car pour moi il risquait de n’y avoir dans ses sentiments que de la franche camaraderie pour toujours.

Aussi o ma petite Chérie pourrais-je t’exprimer mon bonheur quand encore il y a que quelques heures, pouvant t’étreindre dans mes bras, mes lèvres sur les tiennes, je sentais mon petit Amour s’endormir, son petit cœur battant au rythme du mien. O petite Chérie il y a quelques mois tu prétendais que peut-être tu ne savais pas bien aimer. Tu me demandais de t’excuser si en toi je ne trouvais pas toute l’affection que tu avais pour moi car tu ne savais peut-être pas bien exprimer. Désormais dans cette effusion de nos cœurs, le mien ne saura rivaliser avec le tien. Il me sera impossible dans mon âme masculine de pouvoir te rendre cette immense tendresse que tu me donnes .O ! suis-je digne de tant d’amour ? Quel immense trésor le petit cœur de ma petite Mie. O Chérie que tu es douce pour moi, pour ton Lou comme tu te donnes. Pourrais-je oublier ce que hier pour moi tu as fait ? Alors que ma petite Chérie était ces jours derniers un peu fatigués, pour apporter à son petit Lou quelques instants de bonheur, courageusement elle a caché sa fatigue et entreprit le voyage pour aller au Pin. Le soir pour ne pas que son petit Lou soit puni, elle dépensait au-delà de ses forces. O pauvre petite Chérie quand depuis mon compartiment de wagon je t’ai vaguement aperçue à travers la palissade qui longe la voie ramenant les deux bicyclettes, j’ai senti mon cœur se serrer et mes yeux se mouiller. Il aurait mieux valu pour moi que je sois puni, quelques jours de cabanes ne m’auraiten pas fait de mal, je les ai peut-être bien mérité depuis mon entrée à l’armée, tandis que ma petite Chérie ne devait pas payer plus que moi ces instants de bonheur et eu un contre l’autre. O ma petite Chérie avec déjà une épreuve exagérée pour une jeune fille (76 km en vélo dans la journée) tu as fait cela alors que la santé n’était pas excellente. Tu exposais ta santé des jours qui suivraient seulement par amour pour ton petit Lou. Y aurait-il pour moi une prise de reconnaissance ? Ce sera partout ce qui me sera possible d’abord et pour toujours en me donnant entièrement à ma petite Chérie et en lui offrant toute la force et l’expression d’un immortel amour. Sur le papier les moyens sont assez réduits et je ne saurais trouver les mots pour te dire tout l’amour que pour toi j’ai dans mon petit cœur aussi comme dans ces minutes si douces vécues hier. Dans mon silence tu y trouveras tout mon cœur avec l’intarissable amour qu’il a pour celles qui est pour toujours sa petite fiancée.

Peut-être pour clôturer ma lettre je pourrais t’apporter quelques détails sur mon retour. À Périgueux c’était la fête quand j’ arrivais, les feux d’artifice allaient succédé à la retraite aux flambeaux organisée par la fanfare de la ville. La joie devait s’exhaler de tous les cœurs. Il m’était impossible de goûter un peu du plaisir de la fête, mes pensées, elles, n’étaient point de cet avis et la petite chérie que je venais de quitter était tout dans mon cœur. Du moins dans l’union de notre petit amour car peut-être la petite Mie , à cet instant était fatiguée et supportait les conséquences d’avoir voulu donner tant de bonheur à son petit Lou et puis pour moi aussi du repos était bien nécessaire. Aussi je descendais à la station de Saint-Georges à contre voie ( ce qui me fit regretter d’avoir payer un billet) et je rejoignait la caserne distante d’à peine une centaine de mètres sans passer par la gare. Après avoir retrouvé tous les camarades, je m’endormais en évoquant encore une dernière fois cette inoubliable journée. Je retrouvais dans mon doux souvenirs mon cher petit Amour toujours pour moi plus douce et plus attachante et je fermais les yeux comme pour mieux te sentir près de moi. Hélas ce n’était qu’un beau rêve mais le doux espoir de le vivre un jour ne peut que le faire apparaître plus beau même loin de ma petite Chérie je serai toujours si heureux en pensant au jour où je vais la retrouver.

Après-midi pour reprendre bien contact avec le métier militaire performance sportive avec challenge. Tu sais petite chérie je ne me vois pas bien en forme aujourd’hui pour remporter les épreuves, enfin il faut s’armer de courage.

Je te quitte mon doux petit amour dans l’espoir de bientôt te retrouver en civil pour toujours, reçois de ton petit Lou tous les plus doux baisers et mille caresses. O ! petite Chérie que je t’aime pour toujours à toi tout mon cœur