Vitailles, 2 septembre 1947
Mon cher petit Amour
Hier, j’étais encore débordée de travail pour pouvoir venir m’asseoir pour écrire à mon Lou chéri. Dimanche c’était la fête à Saint-Macaire, samedi déjà il a fallu aider à monter les guirlandes, ensuite à la maison j’ai trouvé du travail jusqu’à minuit le soir, préparer le repas du lendemain. Dimanche après-midi j’ai passé mon temps à préparer le repas du soir. Ah ! Je ne regrettais pas grand-chose car les fêtes (ne sont) pas grand-chose sans toi, il n’y a rien d’intéressant. Le soir je suis montée avec les autres, il y avait beaucoup de monde. Nous avons eu la visite de Maurice et sa femme, depuis le temps que nous les attendions c’est tout juste si on en croyait nos yeux. Elle n’est pas jolie je t’assure, elle ne ressemble (pas) à sa photo mais elle est bien gentille, ordonné. Je crois qu’il est très bien tombé Maurice. Il est bien content, tant mieux pour lui, il le méritait bien parce qu’il a souffert sans parents toujours chez les autres. Chez nous il était bien mais ce n’est jamais sa famille. Ils nous ont tous invités à aller chez eux passer quelques jours il veut aussi que tu nous suives. Ils sont repartis ce matin, maintenant nous revoilà dans le calme, la vie normale a repris maintenant. Il est en train de tomber une rosée pas ordinaire. Yves ne va pas chômer, il rentre ce soir de Saint-Aubin où il est allé labourer depuis mercredi dernier.
Il n’a pas l’air de s’en faire mon Lou chéri à la caserne, la garde ne vous fatigue pas trop ? Je crois que vous gardez mieux les moutons ou les vaches que les munitions. Oh va quand même un peu se la couler douce on a bien raison pour ce que vous feriez de plus.
Y a-t-il longtemps que tu n’as pas vu tes grands-parents ? Tu sais Lili n’est pas enthousiaste. Louisette qui prétend que ton grand-père est insupportable attends, tu sais moi je ne voudrais pas te fâcher mais fais attention Chéri tu n’as jamais vécu avec tes grands-parents. Tu sais c’est plus délicat que tu ne penses pour que ça tourne rond, enfin tu es assez grand pour savoir ce que tu dois faire.
Pour aujourd’hui je vais te quitter, il faut que j’aille à Lauzun pour repasser les chants pour la messe de mariage d’Étienne Clavier demain. Je crois qu’ils vont se mouiller, le temps n’est pas joli.
Adieu mon cher petit Amour, de ta petite Mie qui t’aime reçois ces plus doux baisers et ces plus tendres caresses. Mon petit Chéri je t’aime.