Vitailles, 11 septembre 1947

Mon cher petit Amour,

Plus de huit jours que je n’ai pas écrit à mon Lou Chéri, il y a longtemps que pareille chose ne m’était pas arrivé mais depuis ces huit jours, quels doux moments j’ai passé. Mon petit Lou tout contre moi et enfin libre de sa personne. À présent ce ne sera plus une petite perme de deux jours puis de longs mois sans savoir quel jour nous aurons le bonheur de nous retrouver.

Depuis 2 jours je suis en vendange chez des voisins, il fait un peu chaud mais c’est bien tenable. Tu vois ce qui me fatigue le plus c’est ces horribles conversations. Personnellement je réponds sec comme un coup de bâton et parfois blessant mais rien ne m’alterera je suis assez pour savoir, ma joie de la peine. Pour ces gosses de dix, douze, quatorze ans j’étais avec des fillettes. Cet après-midi je te promets qu’elles n’étaient pas tellement fières d’entendre des horreurs pareilles. J’ai causé avec elles tout le temps mais cela n’empêche pas d’entendre les voisins déclarer avec le plus de sonorités possible car il se croit des lumières. Moi je me plains, plus que quelques jours à passer dans ce milieu mais toi pauvre Chéri qui a entendu ça pendant tout ton régiment alors qu’est-ce que tu as dû entendre.

Passons. Lorsque tu recevras ma lettre tu seras rentré de ton voyage en Vendée duquel certainement tu auras gardé un excellent souvenir. Maintenant tu vas reprendre ton travail au Pin ou tu dois être le bienvenu, le pauvre Jean va respirer un peu plus aisément la tâche sera de nouveau partager.

Il me tarde de te revoir si tu savais Chéri, puis j’ai un peu causé à Yves hier. J’ai eu par une personne des petits mots de papa qui ne m’ont pas tellement satisfait. Je suis contente de tes intentions tu sais mon Lou chéri. Je voudrais que tu ne me caches rien, ça me fait de la peine de t’arracher ainsi tes pensées, alors tu seras consenti ainsi toute ta vie mon petit Amour quand quelque chose ne marchera pas tu resteras songeur. Oh ! petit Chéri tu sais bien moi je te dis tout parfois tu as peut-être un peu de peine, la mienne est partagée, un peu chacun c’est plus facile à porter mon petit Amour. Je crois que nous sommes obligés de nous marier plus tôt que nous croyons, oh pas cette année jamais de la vie. Enfin je t’expliquerai tout lorsque j’aurai le grand bonheur d’être de nouveau dans tes bras.

J’ai lu quelques pages des lettres au service de l’amour il est vraiment avec une délicatesse qui n’a pas beaucoup d’égal.

Pour ce soir je te quitte mes mains sont un peu engourdies après avoir coupé tant de raisin, tu auras eu un peu de mal à lire, tu mettras un peu plus de temps, le petit plaisir durera un peu plus longtemps. Adieu mon cher petit Amour, de ta petite Mie reçois ces plus tendres baisers et ces plus douces caresses.

Enfin l’adresse primitive est revenue, mon bon souvenir à tous en attendant de les voir mon petit poulet je t’aime.