Vitailles , 14 septembre 1947
Mon cher petit Amour,
Aujourd’hui je t’assure que je trouve le temps plus long que dimanche dernier dans (trou) de ce petit cœur si (trou) cette semaine qui nous sépare prochain dimanche où une fois de plus je te retrouverai. La maison est calme Yves est parti dès ce matin à cinq heures à la chasse avec le père de Colette. Ils sont à Saint-Aubin chez les grands-parents, cet après-midi c’est la fête votive. Colette est venue chercher le costume de Yves pour aller au bal ce soir, pour quelqu’un qui ne sortait jamais je ne le reconnais plus.
Il faut les voir tous les deux elle s’occupe de lui comme d’un bébé avant de partir rien ne lui manque : souliers, pantalon sont rebrossés, elle peigne. Ici il rouspète tout le temps mais avec Colette il ne dit absolument rien.
Passion te voilà sans doute rentrer de ton voyage en Vendée as-tu remonter par Paris pour arriver à Sainte-Livrade ? (trou) après une échappée pareille il y a de quoi raconter. Tu sais une Chéri je ne désire pas que tu restes là-bas, ça doit être un pays perdu. Les lettres mettent quatre jours pour arriver. Il est vrai que parfois les miennes mettent autant pour ne faire que trente km en même temps que la tienne j’avais une lettre de Lily qui te croyais encore militaire tu me dois pas lire et écrire trois fois par semaine comme tu faisais à Périgueux.
Il est vrai que risquerais de te ruiner chaque fois. Qu’est-ce qu’on va économiser lorsque nous serons réunis, plus de lettre aucun déplacement pour se retrouver et puis quel grand bonheur tous les jours ensemble. Il me semble que jamais je ne vivrai tant de bonheur je suis tellement cette vie monotone seule troublée (trou) grande récompense. Je vais te quitter je ne sais plus que te dire.
Tu sais j’ai dit à la maison que je ne resterai pas à la maison une fois mariée. J’étais sûre de la réponse mon grand-père sur un ton de rage m’a promis de rien me donner. Heureusement grand-mère m’a dit qu’elle m’en donnerait j’étais sûre de la chose. Tu peux dire que tu as le nez plus long que moi. Tu auras compris où il se serait chargé de te dire que tu n’avais rien, je t’assure quel esprit, il vaut bien mieux que j’aille avec toi je sais que chez toi je ne sentirai pas cette infériorité de (trou) situation. Que c’est bête pour quelques années que nous devons passer sur la terre pourquoi être si orgueilleux de si peu de chose.
Adieu mon cher petit Amour, de ta petite Mie qui t’aime de tout son cœur reçois tous ses plus tendres baisers et ses plus douces caresses pour toujours mon beau chéri je t’aime