Le Pin, 15 septembre 1947
Mon cher petit Amour
Ce soir j’ai retrouvé ce silence, cette sérénité à laquelle je vous faisais jadis allusion lorsque captant toutes mes pensées je venais dans ce décor familier du Pin les apporter à celle qui était ma Petite Confidence. Aussi quelle joie pour moi avant d’aller dormir au déclin de cette première journée de reprise de l’ouvrage venir passer quelques instants tout près du cœur de mon petit Amour et oubliant toutes ces petites épreuves qui nous attendent sur notre route vivre la joie de sentir battre mon cœur tout vibrant d’amour pour cette petite Chérie sa douce petite Yvette. Oh ! ma petite Chérie que je t’aime ! Comme tu sais si bien te faire aimer ! Chaque mot, chaque pensée que tu me traduis sont pour moi de si doux témoignages d’amour de ce petit cœur qui chérit tant son petit Lou. Oui petite chérie je ne suis pas gentil de te faire de la peine en gardant dans un petit air songeur parfois quelques mystérieuses pensées et de garder en égoïste mes méditations. Je tâcherai d’être à l’avenir beaucoup plus expansif près de toi, mais tu sais petite Chérie, ne prends pas trop garde à ces petites ombres d’ailleurs passagères qui semblent éloigner mon regard. Tu sais bien petite Chérie que mon petit cœur est tout à toi et si parfois je parais pensif c’est simplement en essayant d’aborder ces obstacles qui viennent déjà entraver cette route vers notre bonheur que nous avons entrevu pour toujours un près de l’autre :ces obstacles, tu les connais comme moi petite Chérie et pour nous le meilleur moyen d’être sûr de les franchir c’est de demander au Bon Dieu un peu de lumière. Oh ! petite Chérie devant hélas trop la réalité de ces obstacles me serait-il possible de maudire le sort qui nous fit nous rencontrer et nous aimer ? Oh ! non au contraire devant cette communion de mêmes sacrifices je sens que je t’aime encore davantage, plus notre bonheur coûtera à acquérir et plus je t’aimerai. Oui mon petit Amour le plus gros obstacle que nous avons à franchir n’est pas un obstacle le matériel tant qu’il puisse paraître, il suffit que des âmes se comprennent pour parfois éviter bien des discussions et des malentendus. Oh ! petit Amour le jour que nous serons compris sera pour nous une grande victoire, mais nous sera-t-il possible de le connaître ? Ton papa ne veut pas facilement lâcher prise je ne peux lui accorder le dernier mot et si à tout prix il persiste c’est sur nous que retomberont les conséquences. Tu sais ma petite Chérie nous devrons reporter à une date illimitée le jour de notre mariage peut-être au-delà de deux ans. Tiens Chérie te voici exactement exposée ma situation :
Lorsque je quittais ma petite Mie lundi dernier pour la Vendée, c’était exclusivement dans le but d’obtenir une décision de la part de mes grands-parents accrochés à leur aire vendéenne, ils sont tous deux infirmes, ils ont leur petite propriété mais sans ressources, car ils ne peuvent plus travailler. Comme mon grand-père est un peu original, il ne voulait rien savoir de rejoindre son gendre malgré les multiples demandes de Maman. L’hospice seul à ce moment-là pouvait être leur dernière retraite, secours des vieillards abandonnés. J’ai intervenu pour la famille avec succès, ils doivent déménager à la maison avant l’hiver et liquider leur habitation de là-bas. Je ne détaille pas davantage mais tu comprendras ma petite Chérie que je ne peux laisser mes parents seuls avec Henri pour exploiter quand Jean sera au service. Quant à mon petit Amour si elle veut rejoindre son petit Lou une Maman l’attend ici les bras ouverts et elle sera la petite sœur de Lulu de Lily ou de Louise. Quant à l’habitation de la chambre neuve nous est réservée. Seulement toi aussi petite Chérie tu as des devoirs envers tes grands-parents, il y a encore Yves et ils pourront garder leur bien. Voici chérie une entrevue de notre part qui n’est sûrement pas une conception du Papa Fontanille. Et là ce sera encore quelques réprimandes pour ma petite Chérie. Pauvre petit Amour toujours des sacrifices pour ton petit Lou. Oh ! Chérie quel sera mon bonheur, si près de moi je te sens heureuse, tu l’auras ton mérité cher petit Amour.
Il est prés de onze heures, il y a longtemps que tout le monde dort, je vais moi aussi aller faire dodo. Comme hier je suis rentré à midi bien que c’était la fête votive à Pinel je suis resté à la maison. Hier soir on est monté avec l’équipe Jac presque au complet de Sainte-Livrade mais à minuit Lou pensait qu’une petite Mie là-bas était au dodo et qu’il était sage de redescendre.
Je m’endors un peu si tu étais sur mes genoux je laisserai clore mes paupières et en te serrant contre mon cœur. Dans le doux espoir d’être dimanche près de toi reçois cher Amour de petite Mie tous mes plus tendres baisers et tout mon cœur en étreinte au mon petit Amour que je t’aime pour toujours à toi