Le Pin 1er octobre 1947
Mon petit Amour
Je profite d’un instant de répit pendant que mes boeufs achèvent de croquer pour venir par lettre retrouver mon cher petit Amour; Comme le matin on attelle de bonne heure on les laisse un peu souffler à midi (de onze heures et demis à une heure) aussi j’ai juste le temps d’écrire une petite lettre.
Depuis samedi nous sommes en pleins labours : avant d’amorcer franchement les semailles, nous achevons de lever tous les chaumes et les autres terres qui seront ensemencées au printemps encore nous n’avons pas commencé les labours de semailles acar ici on ne peut pas préparer les terres à l’avances il faut semer à mesure mais tous les champs à emblaver ont déjà eu, à part un ou deux, deux labours.
Donc au retour de l’ouvrage; j’ai trouvé la gentille lettre de ma petite Chérie avec le petit colis qui intriguait même la petite coquine de Lulu : « oh ce doit être quelques ampoules de calcium pour te donner du courage pour faire la route ». « non ce sont des comprimés » lui répondis-je en retirant le rouleau de papiers. Quant à la bobine de pellicules de ma petite Mie elle sera ce soir chez le photographe puisque Lulu va à Saint Livrade (cet) après-midi et j’espère rapporter les photos en venant dimanche matin.
Oh! tu sais me petite Chérie n’aie pas de crainte pour moi si ce n’est la pluie : je ne crains pas les autres temps en vélo et le droit ne fait jamais de mal; pour reprendre les coutumes de l’année précédente il se pourrait que je prenne les schorts (sic) cet hier pour faire de la bicyclette (à moins que je sois de l’espèce des cigales)
Passons. Lorsque tu referas cette lettre les jours qui nous sépareront ne seront guère nombreux et moi aussi je t’assure je penserai « à bientôt tout près de ma petite Chérie ». Oh mon petit Amour il me sera désormais impossible de te traduire par des mots tout le bonheur que j’éprouve contre ton petit coeur; seulement lorsque tu es dans mes bras tu peux me comprendre; de même pour moi dans l’irrésistible flamme vers moi de tes prunelles je sens combien pour ton petit Lou ce bonheur est partagé. Oh combien ces douces missives échangées ont appris nos âmes à se comprendre, désormais je ne serai jamais assez souvent et longtemps près de toi pour te donner tout mon amour.
En attendant ces doux instants qui nous verront réunis dimanche reçois pour aujourd’hui et pour tous les jours qui suivront tous mes plus tendres baisers et pour toujours tout mon petit coeur d’homme avec tout ce qu’il contient désormais pour Celle qu’il veut chérir toute sa vie, Sa petite Mie de toujours.
Oh petit Chérie à bientôt et pour la vie
je t’aime