Vitailles 18 octobre 1947

Lou et Mie pour toujours

Mon petit poulet chéri

Ce soir samedi après avoir cloturé ma semaine pour une grosse journée de travail puisque grand mère doit partir ce matin à Marmande, je viens retrouver mon petit chéri. demain il faut absolument que je mette mon courrier à jour. Lily et Loulou m’ont écrit il y a plus d’un mois et je n’ai pas encore répondu. Madame Lhoste il y a quinze jours. Elle doit dire que je suis bien impolie. Pour commencer c’est à mon petit Poulet que j’écris dans mes pensées c’est toujours mon Lou chéri qui a la première et la plus grande place dans le courrier c’est pareil. Hier j’ai reçu ta lettre, je suis contente que tu aies fait un bon voyage. Sans doute cette semaine vous n’avez pas fait grève.Ici depuis lundi vaches et chevaux n’ont gère quitté les champs. On est obligés de labourer une troisième fois pour pouvoir semer. Cela n’avance pas aussi vite comme ils le croyaient. C’est sec quelque (?) d’incroyable. Enfin il vaut mieux mettre huit jours de plus et bien le faire. Encore la saison n’est pas retardée.

Cette semaine je recevais une lettre qui m’a réellement étonnée. Une amie jaciste m’annonçait sa rentrée au couvent. A sa lettre elle m’a joint une photo. Je te la montrerai quand tu viendras. Vraiment à la section c’est contagieux la vocation religieuse. Heureusement pour toi tu l’as maintenant bien accrochée à ta petite Mie. Autrement, tu risquerais encore de l’échapper si c’était l’année dernière. Sur les vocations il n’y a pas à discuter. (?) bonne à chacun. La sienne partout. Il y a un vaste champ d’action qui reste à la portée de chacun. Avec la volonté on arrive au bout de tout, n’est-ce pas mon poulet chéri.

Passons, heureusement que tu ne viens pas demain. Autrement tu verrais si je suis jolie. Devine qu’est-ce que je peux avoir ? Un furoncle sur le côté du menton. Il a percé juste sur mon grain de beauté. Qu’est-ce que j’ai pris. Ce n’est pas aimable ces histoires là. Le plus ennuyeux c’est que je ne pouvais pas ouvrir la bouche et j’avais bien faim pourtant. Ma joue gauche prenait des proportions un peu déraisonnables vis à vis de la droite. Quelle tête ta petite Mie. Le docteur voulait me le percer Je n’ai pas voulu. il m’a donné une pommade drôlement bonne. Il a percé ce matin. Ça va beaucoup mieux à présent. Je crois dans deux jours ce sera terminé et je n’en demande pas d’autres. C’est le premier, je souhaite que ce soit le dernier et encore sur la figure pour finir de m’arranger.

Tu me voudras quand même ? Je ne pense pas qu’il reste de trace puisqu’il a percé tout seul. Je te faisais rire quand te je te racontais l’aventure qu’il m’est arrivé. Pour ce soir je vais te quitter mon petit Amour. Plus qu’une semaine pour te retrouver. Vite qu’elle passe afin de retrouver mon Lou chéri. Quand viendras-tu ? Le matin ou l’après-midi ? Surtout ne te gène pas avec moi. Ce soir Yves est au bal à Lauzun. Grande soirée avec Maurice Saint Paul de radio Toulouse. J’y serais peut-être allée pour voir ce personnage. Mais je suis trop bien placardée. J’ai encore mal

Adieu mon petit Poulet chéri de ta petite Mie, reçois nulle danse. Baisers plus tendres caresses. A bientôt dans tes bras pour toujours.

LouMie

 

Maurice Saint Paul de radio Toulouse se produit sur youtube :