Périgueux 15 novembre 1947

Ma petite Chérie Bien aimée

Enfin aujourd’hui c’est un peu plus calme pour moi et j’en profite pour venir converser avec mon petit Amour en cette après-midi de décembre; Samedi soir le capitaine a convoqué tous les rappelés 16/2 pour nous faire un petit laïus qui ma foi n’était pas des plus flatteurs; c’était plutôt une sévère réprimande; sûrement ce n’était pas pour tout le monde mais pour l’esprit en moyenne de notre classe et nous sommes maintenant la « bête noire » dans le quartier.

Oh ! Tu sais Chérie je m’attendais à ce sursaut de discipline; parmi les 46/2 où la rigueur militaire s’était un peu amoindrie les fomenteurs communistes avaient en vain essayé de dresser la troupe contre les chefs et du moins ils continuaient leurs buts de démoralisation et de division; mais dans l’armée ça ne prend pas et samedi c’était un dernier avertissement « je suis prêt à user des grands moyens, s’il le faut même de ma personne, j’ai une tâche à remplir, j’irai jusqu’au bout » nous a déclaré sèchement notre capitaine sur un ton qu’encore je ne lui avais jamais oui; tu sais Mie comme je t’ai déjà dit : c’est un chic capitaine que j’estime car son autorité est vraiment paternelle mais encore je ne connaissais vraiment sa valeur de Chef et je me flatte de me trouver un de ses disciples.

Sur ta lettre que je recevais aujourd’hui ma petit Chérie, tu étais tout à fait rassurante merci de venir grossir mon optimisme mais ici je crois être à peu près renseigné c’est à dire que je continue de découvrir ce que j’avais pensé; tu vois mon petit Poulet pour cette fois c’est colmaté mais la revanche se prépare tous les jours, il va falloir que ça claque; peut-être serons nous renvoyés avant, bien que notre libération ne soit pas prévue tout de suite mais il faudra en finir, le sort du pays en dépend et je souhaite que ce soit le plus bref possible; c’est malheureux tout de même, alors que nous pourrions être si heureux, d’entendre encore murmurer ce terrible mot encore tout saignant d’horreur et de massacre : « la guerre »

Aujourd’hui je suis exempt de service; bien que j’ai eu la journée d’hier libre ce qui m’a permis d’assister à une messe à l’église de la cité en l’honneur du souvenir français et où le 68 avait sa délégation en la mémoire du général Leclerc, j’ai pensé qu’après une nuit de garde je pouvais prendre du repos; comme aujourd’hui c’était le jour des consultations d’entames, j’ai pensé que j’avais encore une dent carrée et profitant de la sortie en ville que cela me procurait j’ai été me la faire arracher.

Je vais te quitter mon petit Chou dans le doux espoir de te retrouver avant longtemps et de gouter encore tant de bonheur contre ton petit coeur en t’abandonnant mes livres.

Reçois mon petit Trésor chéri mes plus tendres baisers et mes plus douces caresses

Celui qui ne peut cesser de penser à toi

Pour la vie

Ton petit Lou qui t’aime pour toujours