Le Pin 25 novembre 1947

Ma petite Poupée chérie

En écrivant la date je me suis retrouvé dans mes doux souvenirs toujours inoubliables en ma mémoire : il y a exactement deux ans, déjà le manteau de la nuit commençait d’envelopper la terre dans un déclin d’un des beaux jours d’automne; un hasard d’un peu voulu avait permis que nous passions ensemble l’après midi à Castillonnès et le soir après quelques kms parcourus ensemble sur le chemin de Vitailles nous nous séparions sous les guirlandes de Keyssel, je retournais vers Castillonnès emportant dans mon coeur ces derniers mots qui résonnaient si forts en moi « Adieu Charles ». O ma petite Chérie comment oublier; l’aurais je pu moi même si j’avais du renoncer pur toujours à connaitre cette intarrissable affection de ton petit coeur. Vois tu je devais attendre au mois de juin l’année suivante pour six mois j’eus l’occasion de connaitre d’autres jeunes filles puisque j’aimais bien aller au bal mais chaque fois qu’une semblait avoir quelques attraits pour moi la douce image de cette petite Yvette gardait en moi tous les sentiments, malgré la simple camaraderie de tes lettres qui me forçait à douter de ton amour un jour, tu étais la seule à qui je pourrais me confier entièrement dans cette merveilleuse compréhension de nos âmes soeurs. O mon petit trésor combien de fois dans cette attente de ce jour où tu m’abandonnerais tes lèvres, premier symbole d’amour douce promesse de se donner pour toujours, je me suis juré si je venais à vivre ce bonheur d’être et de rester fidèle, et par ce si commode moyen à la portée des plus pauvres qu’est la voie du coeur, rendre ma petite Mie de mes jours heureuse; O mon petit Amour peut-être, ceux qui possèdent des richesses matérielles que leur ont légué leurs ancêtres ou une fortune acquise plus ou moins honnêtement, pou par l’égoïsme de la race, les uniques héritiers de famille prêts à disparaitre peut être ceux là pourront rendre leur épouse plus heureuse si les espèces sonnantes se mesurent avec le bonheur, quant à ton petit Lou ‘qui n’a pas d’oncle d’Amérique’ le plus grand cadeau qu’il pourra t’offrir sera simplement son petit coeur avec tout ce que le Bon Dieu y a versé dedans et ses bras façonnés aux travaux de nos champs, le jours pour soutenir notre foyer et la nuit pour étreindre sa petite Chérie. O mon petit Poulet chéri peut être un jour si le Bon Dieu veut qu’ensemble ns cheveux blanchissent bien mieux encore nous comprendront que pour acheter le bonheur dans ce temps d’épreuves ici bas cela peut suffire.

Dimanche je serai près de toi peut être dès samedi soir mais en tous cas faites comme si je ne venais pas. Je voudrais être encore plus familier que je sui et me trouver tout à fait en famille. Lucien aurai dimanche sa petite Yvette chez lui avec sa famille et doit la présenter officiellement à ses parents; il tenait beaucoup à ce que tu fus à Sainte Livrade ce jour là. « Mon Yvette serait si contente de connaître la tienne depuis la sortie de la messe jusqu’à midi elles pourraient cause ensemble m’a t ‘il dit ». Pour nous ce n’était pas prévu surtout si vous tuez le porc lundi et je n’ai pu lui certifier. Plus tard vous aurez l’occasion de vous connaître et puis comme je voudrais t’avoir au Pin à la fin du prochain mois pour quelques jours je ne veux pas qu’avec les mauvais jours ma petite Chérie fasse trop souvent la route.

 

Ce 26.11.47

Comme je n’avais pas cacheté la lettre que je pense porter après midi à Villeneuve je viens y joindre un petit mot. Merci petite Chérie de tes fraiches nouvelles que j’ai reçues ce matin dans la longue lettre que tu m’as écrite samedi soir, je souhaite de tout coeur que ton rhume soit déjà entièrement passé et qu’il tarde à revenir ‘jamais si possible ».

Une lettre en même temps que celle de ma petite Mie nous apprenait l’arrivée de Lily et Loulou à Castillonnès pour passer l’hiver, tu sais mon petit Chou à mon idée je crois que la mauvaise santé est encore plus néfaste au bonheur d’un foyer que les revers de fortune, ne crois tu pas Chérie ? et là lorsque la maladie frappe elle est encore plu impitoyable, peut être as tu déjà eu des nouvelles de Lily qui doit être tout à fait franche avec sa petite Amie ici à cause de Maman ses lettres sont très optimistes mais je sais qu’ils se sont penchés sur le cas de Loulou avec beaucoup de crainte surtout après la douloureuse épreuve de la maladie de sa pauvre soeur. Tout est à la volonté du Bon Dieu comme il juge, il frappe même les bons si c’est pour leur bonheur; mais il nous est permis de lui demander pardon et clémence; pour que Loulou connaisse bientôt une bonne santé recouvrée et sans mauvaise trace demandons lui et aussi pour nous qui avons r^évé un près de l’autre tant de bonheur, n’oublions pas que nous avons besoin de conserver notre santé car le terrible rapace des mortels dans les griffes de la maladie est toujours aux aguets et fond parfois sur les nids les plus paisibles.

A bientôt près de toi; mille doux baisers et plus douces caresses.

Pour toute la vie

Ton petit Lou qui t’aime