Périgueux 2 décembre 1947

Mon petit Poulet chéri

A nouveau Charles n’existe plus, voici maintenant le soldat Pontreau dans son costume militaire, mais n’aie crainte malgré la rigueur disciplinaire de l’armée il demeurera toujours le coeur du petit Lou sous sa carapace sévère aussi doux pour sa petite Chéri et aussi sensible.

Donc mon petit Chou je pensais être à onze heure et demi hier à la caserne, comme par hasard le car de Penne est tombé en panne et n’a pu assurer la correspondance de la micheline ce qui m’a valu de passer la journée à Villeneuve où d’ailleurs un camarade dans la même situation que moi m’a tenu compagnie. C’était un maréchal des logis qui rejoignait le centre de rassemblement à Périgueux mais pas à ma caserne.

J’arrivais donc à la caserne à dix heures hier soir déjà quelques vieux copains étaient là et les autres arrivaient, à cette heure tous les rappelés sont presque tous rentrés à part trois ou quatre. Tu sais mon petit trésor je suis sûr que ceux qu’on a laisse là bas au terroir ou au pays de nos amours doivent davantage se faire de mauvais sang que nous, je t’assure petit Chou il ne vaut pas la peine d’avoir du souci pour ces grands gars qui eux conservent si bien leur gaité quant au risque je deviens de plus en plus optimiste et je considère déjà notre rappel presque comme une bonne blague qui je crois ne peut se prolonger, d’ailleurs si nous sommes soldés à dix ou douze mille francs mensuellement ils ‘apercevront vite que nous sommes opportuns et nous mettront à la porte. Je t’assure pour l’habillement ce matin ce fut une vaste rigolade; heureusement le quartier est consigné car les sorties ne nous souriraient guère avec notre « magnifique » tenue pour séduire les « Pim-parelles » ils nous ont réservé » les vieilles hardes de 1870, faut croire si j’ai réussi à trouver une tenue pas trop défraichie car je connais bien le garde magasin l’autre est cosmopolite chemise française, pantalon américain, blouson anglais, je n’aurais plus qu’à mettre les chaussettes russes pour être international (le calot faut pas en parler « fabrication Napoléon », ce matin en nous « déguisant » il y avait de quoi en « P… » aux culottes; Excuse moi mon terme tu sais bien militaire, enfin j’en ris encore.

Tu vois petit Chou que ton Lou n’a pas eu encore le temps de s’en faire et je voudrais dans cette missive de passer un peu de ma gaité qui j’espère n’aura pas le temps de muer avant mon retour qui si l’amélioration nationale persiste sera j’espère avant Noël.

A Vitailles vous devez être en plein ouvrage avec la cuisine de porc, dire qu’à ce moment ci je prévoyais être encore ^rès de ma petite Chérie; enfin n’y pensons plus autant de semaines loin de toi autant de jours je passerai sans te quitter n’est-ce pas mon petit trésor. Je souhaite de tout coeur que le rhume de mon petit Poulet soit déjà guéri, de même pour le grand père, à tous je souhaite bonne santé.

reçois Petite Chérie de mon coeur mes plus tendres baisers et mes plus douces caresses, Oh ! merci petit trésor pur les galeries trouvées dans mon paquet dimanche soir si douces attentions de mon petit Amour. A bientôt contre ton coeur, dans mes bras où tu me donnes tant de bonheur.

A toi petit désir pour toujours

Ton petit Lou qui t’aime pour toujours.