Périgueux 11 décembre 1947
Mon petit Trésor chéri
Aujourd’hui c’est de la chambre « des bons souvenirs » que je viens retrouver mon petit Amour. Oh! tu sais Chérie en caserne il faut souvent s’attendre à déménager; c’est ainsi que par ordre du Chef d’escadron la 3eme batterie occupe depuis ce matin les locaux de l’état major et comme par hasard j’ai été désigné fonctionnaire brigadier dans la pièce que je quittai en civil le 5 septembre; mais cette fois il n’y en a aucun, des camarades que je quittais; à part trois de la 46/2 ce sont tous des gars de la 47. Peut être petite Chérie tu vas sourire de me voir déjà en fonction de bricar; forcément c’est peut être un petit point d’honneur mais tu ne peux croire combien j’aurais préféré être oublié; à peine la première journée j’en ai déjà par dessus la tête surtout avec la nouvelle installation il faut toujours être sur pieds; désigner les corvées, percevoir les nouvelles attributions de mobilier, veiller à la répartition des repas et à la propreté de la pièce et avec ça responsable des quinze bonhommes; autrement dit drôle de responsabilité; je t’assure pourtant que je n’ai rien fait pour mériter cette place, j’étais toujours camouflé mais rien à faire. Ils ne peuvent pas me laisser en paix je me doutais bien un peu de quelque chose depuis deux ou trois jours, j’avais été appelé une ou deux fois au bureau du lieutenant c’était louche. Je commence à faire un peu connaissance avec mes nouveaux « disciples » et puis comme je leur ai dit : « vous savez les gars vous n’avez pas intérêt à ne pas m’écouter j’essayerais d’être à peu près juste pour les corvées; en dehors du service je veux que ce soit la franche camarade » pour la revue d’aujourd’hui ça pouvait aller.
Laissons de côté les inconvénients du métier puisque je risque d’avoir fini d’être sentinelle et que peut être avant très peu de temps j’aurai trouvé ma petite vie tranquille. J’ai même prié un litre de ballon que la semaine prochaine la 46/2 serait renvoyée. Déjà ce matin le renvoi de la 43 semblait confirmer l’approche du notre, après la première du travail hier. Il me semble à cette pensée que j’éprouve autant de joie que lorsque j’étais à quelques jours de la « quille »; oh quel bonheur, oh! comme j’étreindrai mon petit Trésor sur mon coeur, oh comme à nouveau je lui abandonnerai mes livres dans toute la force de mon amour vers Elle et dans la douceur de cette liberté retrouvée, être souvent tout près d’Elle et ne la laisser que pour rejoindre Papa et Maman, en attendant le doux jour où pour toujours dans ce petit nid que nos coeurs bâtissent inlassablement fusent à la fois de corps et d’âme dans le spasme du bonheur tout ce que peut contenir d’amour deux petits êtres qui se donnent.
O mon petit Trésor quelle douce source de bonheur pour moi, vois tu à quel point une petite Mie peut être riche ? Il a suffit qu’un petit Lou découvre la clé de son petit coeur pour qu’Elle vive un doux rêve et inonde son petit Amour des plus riches présents qui puissent exister sur la terre : l’énigme du bonheur
Avant d’achever ma lettre mon petit coeur vient te remercier de tes douces paroles : si sincère traduction de tout tn amour. Oh! merci o chérie que j’aime comment pourras-je désormais par des mots t’exprimer mon amour puisque déjà tu me les voles; tant pis reçois ma petite Dulcinée toute la douceur de nos plus tendres effusions et mes plus douces caresses.
A bientôt le bonheur de t’avoir dans mes bras toujours à toit pour la vie
PS : ça va maintenant le courrier : à midi deux lettres de toi, celle de dimanche et de mardi. Ci-joint une de Lucien si tu aimes lire notre intime correspondance.