Vitailles 16 décembre 1947

Hier j’ai été joliment gâtée : deux lettres de mon petit Amour.

Je vois que mon Poulet augmente en grade. Tu n’en as pas l’air très satisfait et ta Mie l’est au contraire, c’est un honneur pour moi et puis (?) si tu ne montes plus la garde c’est quelque chose d’appréciable par le temps qu’il fait. Je ne doute pas de tous les ennuis qu’il y a pour commander des hommes qui ne veulent rien faire. Tu sais mon petit Lou chéri tous ces petits ennuis tu les offriras pour toutes les grâces que tu demandes chaque jour. Tu verras mon chéri, le Bon Dieu ne (?) jamais à la moindre prière au moindre des sacrifices si ce n’est de suite qu’il répond c’est plus tard. Il compte si bien chacun de nos actes, aucune de nous même la plus humble créature ne reste oubliée.

Je suis sure que mon Poulet chéri a bien prié pur sa petite Mie pour qu’elle soit bien courageuse. Eh ! bien depuis hier je le suis tout à fait. Je pense que pour mon trésor chéri il en est de même.

Le pauvre Lucien a eu aussi beaucoup de peine pur quitter sa petite Yvette c’est tellement naturel. Comme tu as du emporter un triste souvenir de moi. Elle aussi sans doute n’a pu cacher son chagrin à celui qu’elle (?) ce n’était pour vous donner du courage que nous étions là à ce moment là. « pauvres petits » enfin maintenant c’est calme, c’est quelque chose d’appréciable et puis les deux nous passerons bien celui ci l’est à moitié et de nouveau Lou retrouvera sa petite Mie, Lucien sa petite Yvette et tant d’autres comme nous. Quand je pense à ces fiancées de prisonniers qui ont attendu pendant cinq ans, je me demande où elles ont pu puiser tout leur courage et les prisonniers, eux dans leur camp, sans presque de nouvelles. Oh! quelle horrible croix ça a dur être pout toute ceux là. Heureusement le Bon Dieu nous en demande.

Tu me diras aussi à quel moment de la semaine tu la préfères parce que si au Pin on t’envoie il vaudrait mieux que tu ne reçoives pas tout à la fois, le boulanger ne me fait pas de difficulté, je n’ai qu’à les commander un jour à l’avance, ils seront peut être un peu dur, il vaut mieux dur que rien.

(fin de la lettre illisible)