Périgueux ce 17 décembre 1947

Ma petite Chérie Bine Aimée

Je profite d’un peu de loisir pour venir retrouver mon cher petit Poulet mais je crois bien qu’avant longtemps on risque de venir me déranger. Enfin je reprendrai ensuite notre petite conversation.

Je te parlais sur ma dernière lettre d’un sursaut de discipline envers notre classe, en effet il se ressent drôlement. Le petit château a drôlement de visiteurs et en plus comme certains semblaient ne pas craindre « la tôle », la première punition décidée par le commandant est la coupe de cheveux règlementaire raccourcie (un ou deux centimètres) aussi attention; pour ma part j’ai accroché deux jours de consigne tu sais pour pas grand chose mais il n’a pas été question de coupe gratuite, tu comprends je ne pleurerai pas mes cheveux mais enfin j’aime autant les garder et puis déjà que je ne suis pas trop beau d’avance, si pour notre mariage j’avais une tête de loup, ça ne ferait pas honneur à la petite mariée; remarque même si on nous laissait les cheveux je ferais bien attention d’être sage à cette approche des fêtes de Noel ou j’espère bien avoir la permission de retrouver mon doux petit Trésor; tu vois ma petite Chérie je pense )être près de toi en cette joyeuse fête, du moins pour deux jours que nous essaierons de passer ensemble; mais encore je ne peux trop y compter car juste le 3eme batterie tombe de garde du 24 au 25 à 6 heures du soir aussi il se pourrait que pour la première fois depuis mon tout jeune âge je ne puisse assister à la messe de minuit et qu’au contraire le service me retienne en caserne en sentinelle à quelques postes de garde (car les fonctionnaires brigadiers moins souvent que les autres mais encore montent leur faction) franchement mon petit Amour j’aurai bien mal au coeur; alors en plus si je devais passer cette nuit dans une sombre chambre de la prison couché sur le ciment, avec l’unique couverture admise, mon petit coeur souffrirait drôlement; surtout en pensant à sa petite et douce Bien Aimée; enfin laissons de côté cette perspective qui peut encore dépendre de moi, bien qu’il ne faut pas oublier l’injustice militaire qui punit parfois injustement.

Hier nous avons participé à des manoeuvres d’infanterie car l’artilleur peut être appelé à se défendre avec des armes individuelles surtout maintenant avec la guerre moderne et les troupes parachutistes; tu sais j’aime autant ces manoeuvres à l’inactivité de la caserne au moins on fait du bruit, hier on a lancé sur le terrain de manoeuvre près de deux centres cinquante grenades, c’était la petite guerre mais enfin tout cela ne nous dit pas quand ils nous renverront, bientôt il y en a assez d’être réservistes.

Enfin espérons que ce sera avant la date que le colonel nous a fait entrevoir dans la 1ere quinzaine de février. Tu comprends qu’avec le travail qui l’attend là bas j’écoule assez de journées perdues, loin de toi, sans connaitre le jour ou à nouveau je serai libre et out près de ton petit coeur ma chère petit Dulcinée.

Dans l’espoir que je vivrai ce bonheur avant la fin de cette année, reçois mon tendre petit Amour mes plus doux baisers et mille caresses : je veux t’aimer toujours.

Pour toute la vie et toujours davantage

Ton petit Lou qui t’aime