Vitailles 21 décembre 1947

Mon Trésor chéri

Tu me dis chéri que tu m’as écrit deux lettres le 18. J’en ai reçu une hier qui m’accuse réception du colis. Que le courrier marche mal ! Je reçois tes lettres deux par deux. Je pense que tu as aussi bien reçu ton colis de fraises, il était sans doute dur surtout par Lauzun c’est plus long. C’est dur dans doute pour franchir la frontière du Lot à la Dordogne. Pour moi c’est vite fait, je ne trouve pas grande différence d’un côté ou de l’autre.

Tu sais mon petit Trésor c’est bien naturel que je te gâte un peu. Tu me donnes tant de bonheur avec tout l’amour dont tu me combles si bien et ce que je peux t’envoyer c’est bien peu pour rassasier ces estomacs de 20 ans. Il en faut davantage, tu serais bien capable de manger ce que j’ai pu t’envoyer en deux et même sans te forcer. Demain je ne t’en enverrai pas, si tu venais pour Noël tu le recevrais juste avant de partir, donc si tu viens je te le donnerais pour emporter et si tu ne viens pas, je te l’enverrais jeudi. Si vous étiez de garde j’ai bien peur qu’elle ne te soit accordée. Enfin à la volonté de tes chefs peut être pour le nouvel an ils seront plus cléments.

Tout ça c’est des suppositions de ta petite Mie. Certes je serais très heureux d’être près de toi en cette fête de Noël. Tu sais je n’y pense pas trop parce que la déception est plus grande quand arrive la date et qu’on est seul.

Tu ne me parles pas chérie de chez toi. Tes grands parents sont ils arrivés au Pin ? Certainement avec les conflits sociaux on a du retarder un peu mais à présent tout est normal de nouveau. Monsieur le ministre des finances est tout à fait gentil. Que d’étrennes pour cette nouvelle année. C’est un peu avant qu’il nous les offre. Il avait peur de l’oublier sans doute. Les fumeurs sont contents. 68 F le paquet de gris. Heureusement mon petit chéri est un petit modèles, il ne fume pas. C’est un petit luxe qui va couter cher. Mais après tout ce n’est pas nécessaire, pas vrai mon amour. Ils tachent de nous faire voir qu’ils gagnent bien tout ce qu’on leur donne. Ils saignent jours et nuit, pas sans se disputer. Les communistes sont toujours là pour faire du bruit. D’ailleurs ils ne sont bons que pour mettre la pagaille.

Il y a le voisin à gauche de l’allée tu sais aux pavillons qui rentre d’Indochine. Il était sur le Pasteur qui a été dévié sur Cherbourg au moment des grèves. Il devait s’arrêter à Marseille. Ils étaient tous près pour disperser les grévistes dans le port, quand par ordre du gouvernement ils sont montés à Cherbourg. Je t’assure qu’il ne faut pas lui parler de communiste ni à aucun de ceux qui arrivent de là bas. Pourtant celui là c’était une forte tête. Il a compris. Peut-être certains de ces petits fous auraient besoin d’y passer deux ans comme celui-ci. ILs en reviendraient calmés et resteraient sages après.

Je vais te quitter pour aujourd’hui mon petit Amour.

Mon petit Chéri tu me demandes quand est ce que tu t’endormiras près de moi. Je ne puis pas te le dire. Mais je pense qu’il n’y en a pas pour bien longtemps. Maintenant il faut encore que tu sois sûr de quitter le costume au mois de février, ce que je pense bien. On ne peut guère se marier par procuration mon Poulet.

Oh tu sis mon petit Chéri je ne suis pas jalouse que tu écrives à d’autres. Je sais va que c’est pour rendre service à ton camarade. Dis petit chéri, comment s’appelle sa petite fille ?

Je suis d’ailleurs certaine que tu ne peux aimer personne plus comme tu m’aimes. Puis j’ai ton petit coeur rien que pour moi. Tu peux courir pour le donner à d’autres. Je l’ai et je le garde bien avec tout l’amour qu’il y a pour moi rien que moi.

Là monsieur Poulet ?

Adieu petit chou, reçois de ta petite Mie mille tendres baisers, mes plus douces caresses. A bientôt. De me retrouver dans tes bras tu sais je suis bien. Mon amour je t’aime.