Périgueux 30 décembre 1947
Mon petit Trésor chéri
Depuis hier soir à dix heures me voici de nouveaux en caserne en contact avec tout ce que j’avais à peine quitté car vraiment huit jours de perme sont bien courts et ceux passés près de mon petit Amour encore plus que les autres, enfin je garde toujours le doux espoir d’en revivre d’autres bientôt en attendant celui qui ne devra finir.
Il était six heures un quart lorsque hier je te quittais ma petite Chérie, j’arrivais à Lauzun quelques minutes avant l’arrivée du car et sans imprévues je rentrai vers 9 heures au Pin; tous se préparaient à aller semer les petits pois il n’y avait pas de raison pour que je m’abstienne; aussi avant de repartir j’ai tenu à leur aider encore et prendre un dernier contact avec mon cher travail en famille. Tu sais mon petit Trésor, jamais je n’avais semé des pois en de si bonnes conditions, nus aurions tout semé si nous n’avions été à court de cinq ou six kilos de semence mais nous en avons quand même enterré avant la pluie plus de quarante, tu sais je pensais en les semant à ce que pourra être la récolte où certainement ma petite Mie aidera et je ne sais pourquoi j’étais content et mes pressentiments me trompent rarement; O ma petite Chérie que je serai heureux quand nous travaillerons ensemble, bonheur d’être toujours près de toi et de te sentir heureuse.
Revenons à mon départ d’hier, vers quatre heures j’envoyais pour l’année un dernier adieu au Pin; oh tu sais mon petit Trésor j’aime bien mieux une séparation prompte où malgré la peine de se quitter on conserve dans un dernier effort de volonté la force pour encore sourire, que ces adieux sentimentaux ou malgré soi on souffre encore plus de partir. Tu vois je sais bien qu’un sourire quand il faut se quitter pour un temps incertain, ne peut être sincère, je sais que ma petite Mie avait le coeur gros mais de la voir courageuse cela me donnait encore plus de courage tandis qu’au Pin on aurait cru plutôt le contraire surtout avec les grands parents. Alors si je viens à repartir pour la bagarre qu’est ce que ce sera pour eux. Heureusement que pour moi je sais cacheter parfois ma peine et puis je ne regarderai que les courageux qui paraissent indifférents où comme la petite Lulu rient toujours.
Ce matin nous avons passé la visite médicale du retour surtout que dans la caserne il y a deux ou trois cas de scarlatine, lorsque le commandant major m’a demandé si je n’avais pas été en contact avec des malades contagieux : « Oh! si, lui dis répondu, mais mal d’amour seulement » peut-être qu’avec cela ils nous renverront, malheureusement les contaminés de ce genre sont trop nombreux, tu ne crois pas mon petit Trésor.
Tu sais le camarade de régiment, frère des jeunes filles que nous avions d’abord trouvé le jour de la foire et dont j’étais le « Père Noël », était drôlement content hier soir à la réception de son colis, pour une fois le vaguemestre avait fait vite.
Je te quitte mon tendre petit Chou, reçois de ton petit Lou les plus doux baisers et du petit coquin ou les plus folles caresses; pour toujours à toi tout seule tout ce que je possède dans mon petit coeur pour plus tard tout mon petit corps avec tout ce que tu attends de lui à toi. ma chère petite bine aimée, encore sur tes lèvres tant de baisers, ton petit fou de petit Lou