Périgueux 6 janvier 1948
Mon petit Poulet chéri
La journée n’ayant pas été trop surchargée de travail, surtout pour moi, car le temps de boulot était plutôt réduit (il est vrai que quotidiennement nous ne sommes employés que de huit et demie à onze et la reprise de une heure et demi à cinq. Tu peux croire mon petit Poulet que ce n’est pas le travail qui risque de nous exténuer et surement si nous étions nourris comme il faut nous serions gras comme des petits cochons) aussi ce soir c’est encore tout frais que je viens retrouver par la plume ma petite Chérie de mon coeur.
Si dimanche j’écrivais du PP. aujourd’hui c’est à nouveau dans la chambre silencieuse, les camarades aussi semblent absorbés dans leurs écritures, franchement pour écrire c’est mieux qu’avec le va et vient du Poste; il est vrai que pour bien s’imprégner de ses pensées le silence du Pin est préférable à la vie en caserne. C’est d’ailleurs une raison qui me fait si souvent penser au retour, dans un nuage de nostalgie.
Oui ma petite Chérie ce n’est pas de maintenant que je relate la langueur de ces jours au quartier et si nos sorties en ville peuvent un peu nous distraire, pour moi elles ne sauraient valoir seulement quelques instants au pays où quelques minutes, blotties contre le coeur de mon cher petit Amour; tu vois, petit Trésor, j’aime bien aller danser mais de combien je préférerais être tout près de toi, loin de la vile et du reste du monde.
Dimanche soir je suis sorti, j’aurai voulu voir jouer un film en renom « pour qui sonne le glas » depuis le 1er de l’an ils refusent du monde et lorsque je suis arrivé un quart d’heure avant le début pour les deux séances de soirée, tout était retenu. Avec deux autres camarades j’ai été voir jouer un autre film mais rien d’épatant « quai d’Orfèvres » ensuite, car à la sortie il n’était pas dix heures, nous avons poussé jusqu’au danseing, il y avait pas mal de monde, mais je n’ai pas voulu rentrer et pour une fois j’achevais ma permission dans mon lit; j’avais d’ailleurs une nuit de garde à rattraper. Jeudi soir nous sommes à nouveau de garde de ce fait inutile de poser de perme surtout que le troisième et dernier départ de permissionnaires 46/2 part jeudi après midi, j’avais pensé poser une 18 pour dimanche mais je suis certain de son refus aussi j’attends au dimanche suivant pour essayer de retrouver le pays et la petite Payse.
Sur la lettre de dimanche je te détaillais un incident de la nuit de garde, la pauvre sentinelle est la plus à plaindre avec ses cheveux à un centimètre, et, heureusement le lieutenant colonel (commandant de la place de Périgueux a arrêté la suite, car son motif allait au conseil de guerre avec complicité d’évasion et de désertion » pour le moment il ne sait pas combien durera sa tôle, tu vois mon Poulet chéri quelle est la discipline je t’assure que maintenant les tôlards vont être bien gardés ce qui est arrivé à cette sentinelle est un avertissement en chambrée camaraderie d’accord, mais en service il n’y a plus de camarades.
Mon petit Poulet je te remercie à l’avance du colis que tu m’as envoyé et que surement je recevrai demain, mon petit Chou avec ça j’en aurai pour un moment et puis notre nourriture ‘est un peu améliorée en quantité, aussi tu sais avec un petit supplément à chaque repas ça peut aller et un colis dure.
Dis petit Trésor, si une nuit en pensant à ton petit Lou tu t’étais enroulée dans tes couvertures, je risque moi de me réveiller en bas de mon lit si mes pensées m’énervent trop. Aussi je reste bien sage car les bords ne sont pas loi; heureusement que tu n’as pas un soeur qui dort avec toi, elle risquerait de l’avoir mauvaise.
Avant d’aller au dodo, reçois mon unique petit Trésor tout ce que mon petit coeur peut posséder et tout ce que pour toi Chéri il aurai toujours; encore mille baisers sur tes douces lèvres et mes plus folles caresses; à toi ma petite Mie de maintenant en attendant. d’être ma Petite Mienne pour toujours. O ma petite Mie bien aimée que je t’aime comme je veux t’aimer !