Périgueux le 15 janvier 1948
Mon petit Trésor Chéri
Hier ce n’était pas la journée des bonnes nouvelles bien que j’avais deux lettres : celle de maman m’apprenait que la visite de Lulu Louise et René à Lily pour le 11 janvier avait été remise, la veille au soir chez Louise il avait reçu un message « impossible de vous recevoir demain Loulou bien malade ». Tu sais ma petite Chéri lorsque j’ai plusieurs lettres c’est toujours la tienne que je conserve la dernière pour aiguiser un peu ma petite impatience : aussi en lisant celle de maman j’ai eu cette réflexion : « ça ne va pas mieux à la maison, il ne manquerait plus aussi que ma petite Mie aussi soit malade ». Je me demandais en lisant le début de ta lettre si je ne rêvais pas. Pauvre petit Trésor tu sais je souhaite de tout coeur que tu sois déjà rétablie, je ne voudrais jamais te voir ou même te sentir malade; si j’étais tout près de toi je sais que tu ne le serais plus. Le bonheur d’être avec ton petit Lou donnerait à tous tes organes la réaction et chasserait la maladie : c’est formidable petit Chou tu verras j’ai un petit don et puis aussi quand on connait le mal on peut mieux le combattre; je sais que ma petite Mie est une petite boule de nerfs; n’oublie pas que souvent c’est du système nerveux que dépend les maladies et que la maladie porte sur les nerfs et mutuellement c’est ce qui fatigue le plus car un et l’autre empirent le mal; une personne malade qui se fait des mauvais sangs est à moitié morte, tu remarqueras bien mon petit Poulet; pour le moment mon petit Trésor c’est surement une maladie des nerfs que tu as eu tu sais ça fatigue beaucoup surtout lorsque déjà un excès de travail à rendu le corps encore plus irrité; il y a aussi une autre question celle-la je la garde pour quand je t’aurai dans mes bras, elle est aussi toute naturelle mais elle dépend déjà de nous deux, surtout de moi je tacherai de la prévenir; n’aie pas de crainte petit Trésor ce n’est pas grave. Enfin je souhaite encre de tout mon petit coeur que tu sois déjà guérie et que cela ne reviendra plus. Tu sais mon petit Chou si tu caches ta température parce que tu la trouves trop élevée; tu aurais pu le ma passer pour ma position de tir au flanc ‘c’est un manque de pot de n’être jamais malade à l’armée’ si j’allais faire un petit tour à l’infirmerie , je me tirerais un peu des pieds; tu comprends, maintenant j’ai suppression de permission jusqu’à lundi et j’ai un autre motif de porte parce que ce matin j’aidais un de ma pièce à nettoyer la chambre, tu sais si pour cela je suis puni je demande le rapport du capitaine avec tous les fonctionnaires bricard; s’ils veulent nous obliger à prendre les responsabilité des brigadiers il n’ont qu’à nous en donner les avantages ou alors il n’est plus question de responsabilités; tu sais mon petit Chou ce matin j’étais en colère me voici dans l’obligation pour des raisons que je juge moi-même absurdes de punir mes camarades de chambrée. Je suis puni parce que je n’ai pas puni; si je veux être gradé ce n’est pas difficile, plus de camaraderie, être injuste et considérer mes gars avec supériorité; et bien je ne veux as être brigadier, je veux rester parmi tous ces gars, mes égaux et mes frères dans notre mauvais sort; jamais cette différence de classe militaire m’a autant répugné; chef d’équipe d’accord mais gradé et en imposer par des commandements autoritaires je ne veux pas l’être. Malheureusement encadré dans cette boite qu’est l’armée si je suis désigné il faudra que j’obéisse mais ce sera contre moi-même que je travaillerai quand je serai près de toi je t’en donnerai des détails.
En attendant ce beau jour qui ne semble pas approcher aussi vite que je le désirerais, reçois mon cher petit Trésor bien aimé tous mes plus doux baisers et toutes mes caresses. Celui qui sera toujours à toi car il t’améliore trop pour t’oublier un instant et à ses yeux tu es tout l’or du monde. Oh chérie pour toujours que je t’aime.