Périgueux le 16 janvier 1948
Mon petit Trésor chéri
Voici trois jours de suite une lettre de ma petite Chérie le midi; tu sais je ne m’en lasserai pas mais je ne peux quand même le désirer il faut que petit Lou soit raisonnable; vraiment mon petit Chou il faut que le courrier marche bien mal pour que tu restes plus de quatre jours sana voir de fraiches nouvelles; tu sais mon petit Trésor il faudra que ça aille bien mal pour que je reste plus de trois jours sans venir par la plume tout près de toi; depuis mon retour je t’ai régulièrement écrit trois lettres par semaine le mardi, le jeudi et le samedi ou dimanche; d’ailleurs si le courrier était bien normal nos lettres devraient toujours se croiser; j’ai bien peur que la lettre envoyée dimanche et mise dans une boite aux lettres à Périgueux ne te soit arrivée taxée, elle était affranchie avec un timbre militaire, il parait que c’est nécessaire que cet affranchissement soit oblitéré par le tampon du vaguemestre au quartier.
Passons; Aujourd’hui nous avons repris de l’activité en participant à des manoeuvre et comme c’était principalement des manoeuvres de liaisons, les radios étaient particulièrement occupées et elles ont été effectuées avec les autos chenilles seulement; pour ne pas changer j’étais le radio du capitaine et de ce fait je tenais le poste de commandement du réseau, c’est un drôle de boulot tu sais quand il y a cinq ou six subordonnés car tous pour communiquer entre eux doivent demander l’autorisation au P.C.R; au début tu sais je mélangeais un peu les règles de service (depuis le temps mais on n’est vite rappelé à l’ordre). Enfin ça s’est bien passé; lorsque nous arrivions dans un petit village les habitants se demandaient s’il y avait la révolution avec nos tactiques de combat; c’est des films de combats réels et sans danger : pour ceux qui nous voient manoeuvrer ce doit être passionnant. La semaine prochaine il parait que nous repartons pour deux ou trois jours mais plus loin puisque nous ne rentrerons qu’à la fin au quartier; la nuit nous coucherons chez les civils, dans les granges; et tu ne vois pas petit Trésor que nos manoeuvres se déroulent dans le secteur sud-sud ouest de Bergerac à la limite du Lot-et-Garonne, ce serait une drôle de surprise si à la tombée du jour tu voyais la colonne blindée emmener ses pénates tout autour de Vitailles et y établir son quartier général pour la nuit, et camper; alors cette fois tu aurais l’occasion de me voir en vrai soldat ; enfin n’y compte tout même pas trop. Je t’avais aussi parlé, petite Chérie es incidents de mes fonctions sur ma dernière lettre; ce matin j’ai été appelé au bureau du Capitaine. Voici notre entrevue : « alors mon vieux Pontreau, tu as un peu de tiraillement dans ta pièce, les types ne t’écoutent pas bien, si ça continue porte un rapport pour les délinquants ou sinon c’est toi qui attrapera la prison; tu sais il vaut mieux passer pour une « vache » que de passer pour un c., c’est compris ». J’ai claqué des talons dans un salut sec et j’ai quitté la salle après le demi-tour règlementaire : « compris mon capitaine ». Maintenant comme l’armée pour moi n’est pas un but je déciderai selon ma conscience, mais mes gars sont avertis.
Après cette lettre petite Mie tu vas en sortir à moitié militarisée, aussi je termine avec mon petit coeur de Lou qui lui n’est pas brigadier et qui t’envoie ma petite Chéri tous ses plus doux baisers dans toute l’ardeur de la tendresse qu’il aurai toujours pour son cher petit Amour. Encore petit Trésor mille doux baisers sur tes douces lettres et mes plus folles caresses pour toujours. J’oubliais merci aussi pour les tickets qui parait il sont bien valables. Celui qui te chérit, ton petit coquinou.