Vitailles 20 janvier 1948

Mon petit Poulet chéri

Tu sais hier j’étais toute heureuse quand le facteur est passé il y avait une lettre de mon petit Amour, c’était une petite surprise car le lundi je n’y suis pas habituée. J’ai bien reçu toutes tes lettres mais très irrégulièrement enfin ça n’a pas d’importance.

Je constate d’après ta lettre que j’ai reçue hier que vous ne restez pas inactifs en ce moment, ça fait passer le temps un peu plus vite pas vrai mon petit Lou. En attendant janvier aura presque fini de vivre. Moi ici je trouve que le temps assez assez vite. Pour tout certainement ça ne doit pas être pareil. Toujours cette vie militaire à laquelle je crois que tu ne prendras jamais beaucoup de gout mon petit Amour. Pour l’agrément qu’il y a, on ne part jamais que de punitions ce n’est pas bien intéressant. Quant à la liberté l’armée française oublie qu’elle est sur un territoire en République.

Dimanche je t’ai fait un colis. Je pense que tu l’auras bien reçu mardi. Tu me diras aussi quand tu voudras d’autres tickets de pain. Surtout mon petit Chéri ne te gène pas avec ta petite Mie tu me gâtes bien assez toutes les fois que tu viens tu me rapportes quelque chose. Je suis gâtée comme un petit Poulet. Tu sais mon chéri jamais personne n’aurait su comme toit me garer, m’entourer d’une aussi grande tendresse. Qu’est ce qu’il ne ferait pas mon petit Lou pour que sa petite Mie soit heureuse alors il est bien juste que j’en rende un peu. Dimanche après midi pour passer le temps j’ai lu les lettres que maman et papa s’écrivaient quand il faisait son régiment. Tu sais elles ne sont pas si intéressantes que celles que je reçois de mon petit Trésor. J’en ai trouvé deux qui m’ont particulièrement frappées. Je te les montrerai quand tu viendras. Elles sont loin d’égaler les lettres toutes remplies d’affection de mon petit Chéri. C’était peut être la mode comme ça il y a 23 ans, peut être il s’aimaient bien autant que nous mais c’était moins apparent.

Je vais te quitter mon petit chéri pour aujourd’hui. Je suis guérie mais je ne vais pas encore dehors. De ta petit Mie reçois mille doux baisers, ses plus tendres caresses avec l’esprit que dans un mois j’aurais mon petit Lou libre de venir me voir.

Adieu poulet chéri. Mie qui t’aime de tout son petit coeur.