Périgueux le 20 janvier 1948
Mon petit Trésor chéri
Je ne sais si jeudi soir je pourrai revenir te retrouver par la plume car j’ignore encore où je serai; de toutes façons je ferai mon possible pour t’envoyer un petit mot. Nous partons demain soir ou jeudi matin en manoeuvre pour trois jours, aussi je risque de ne pas trouver suffisamment de confort pour t’écrire, bien que pour le confort nous sommes habitués à écrire avec le véhicule en marche mais tu sais ce n’est peut être pas très lisible avec les abrégés.
Ce matin nous avions dans le quartier la cérémonie de la présentation à l’étendard aux jeunes de la 47/2. Comme par hasard j’avais été désigné dans le piquet d’honneur et j’étais à nouveau témoin de cette même cérémonie qui avait eu alors lieu pour nous le 12 avril dernier et à nouveau j’ai entendu de la bouche du chef d’escadron l’épopée du 68eme d’artillerie d’Afrique; tu sais ma petite chérie si, lorsque les camions P.43 nous amenaient pour la 1ere fois de Souge à Périgueux par une fraiche aube d’Avril, je pensais que cette cérémonie, je risquais de la revoir lorsque la 47/1 serait présentée à l’étendard : ce qui fut pour le 13 juillet. J’étais loin de penser que je serais encore militaire et présent dans les rangs avec toujours le garde à vous impeccable lorsque le colonel s’exclamerait au milieu de la cour du quartier : « jeunes soldats de la classe 47/2…… » maintenant les suivants de seront les gars de la « trempe » de Yves ou de Jean J’espère bien tout de même qu’ils pourront faire sans moi, tu ne crois pas mon petit Trésor ?
Dis, petite Chérie, je ne t’ai jamais envoyé de lettre en fraude. Les timbres qui affranchissent sont militaires seulement il parait qu pour être valables il faut de tampon du vaguemestre du groupe et sur la 1ere que j’ai mis en ville il n’y était pas, dis moi si elle a été surtaxée.
Oh ! ma petite Chérie merci de ton petit avertissement au sujet du petit différent « Loulou le Pin ». Pour moi c’est en effet une « clef » qui résout pour moi quelques petites incompréhensions d’actions « je comprends » tu vois ma petit chérie parfois pour des choses futiles des fossés se creusent dans les familles et on ne comprend pas, aussi tu ne peux pas croire comme je suis heureux de t’avoir déjà comme collaboratrice toi ma future petite Femme dans ce but de fraternité chrétienne; ne t’en fais pas je suis diplomate et s’il y a que ça ce sera vite réparé mais ce n’est pas tant que je suis ici, que je parlerai, et avec tout le monde je saurai peser mes paroles.
Hier en rentrant de la garde, un petit colis l’attendait; j’étais un peu surpris car je ne l’attendais pas, c’était un petit colis de gaufrettes confectionnées au Pin, elles ont excellentes et puis il y a encre plus de joue à offrir un gâteau lorsque c’est une petit coeur n’est-ce pas.
Je crois petit Chérie que je vais finir par faire concurrence au Papa de Lauzun; (Cet) après midi j’ai été percevoir au bureau de Batterie le tabac pour ma pièce. J’en avait pour près de mille francs, pour la quinzaine seulement; par moment ma valise se transforme en bureau de tabac tu sais.
Il parait que nous allons être payés en supplément soi disant près de deux mille huit pour les 1ere classes mais encore pour la première quinzaine je n’ai perçu que cent cinquante francs ce qui reste à quatre vingt une fois le tabac payé; remarque que bien franchement je préférais ne rien avoir et qu’ils me renvoient sur le champ en m’assurant de ne plus me rappeler et surement ma petite Mie est bien de mon avis.
Pour ce soir je vais te quitter mon petit Trésor chéri sans encre pourvoir préciser le jeu où nous nous retrouverons. Souhaitons qu’il n’est plus très éloigné. Reçois o ma petite Chérie tous mes plus doux baisers sur tes lèvres et mes plus folles caresses. O que je t’aime, comme je voudrais être tout, tout à toi, te sentir si heureuse toi mon unique et mon entier petit Amour.
Encore tous mes baisers et à toi pour la vie.