Vitailles 22 janvier 1948
Mon petit Trésor chéri
Hier j’ai reçu ta lettre de dimanche. Tu penses, j’étais heureuse d’avoir une aussi longue lettre de mon petit amour. Je constate que tu es tout à fait sage, un peu par force puisqu’on t’a supprimé les permes. D’un autre côté en te couchant de bonne humeur tu vas faire du lard. Va cet été tu ne dormiras pas autant, certainement quand il faudra faucher, moissonner, alors un bon conseil si tu peux, profites-en. Tu la tomberas dans le courant de l’année la graisse que tu fais à présent.
Tu crois être rentré pour carnaval. Moi je ne le crois pas, tu vas dire elle ne me donne pas beaucoup de courage. Tu as raison je crois plutôt dans les jours qui suivent. Enfin remarque que je n’en sais pas plus que toi et peut être moins.
Avant hier on a reçu une aimable petite feuille du percepteur pour l’emprunt libératoire du prélèvement exceptionnel de lutte contre l’inflation. Devine combien il faut verser. 80 000 francs. L’année commence bien au Pin en outils reçu, il sera fort celui qui y tiendra à Vitailles, j’ai eu le malheur de le dire, qu’est-ce que j’ai ramassé par mon grand père. Tu en as pris pour toi aussi mais tu ne l’as pas entendu, il vaut mieux. Je t’assure il me tarde que tu reviennes. J’aurais un peu de divertissement. Oh vivement le mois d’avril.
Le proverbe est bien juste, on ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’argent. Où pousse ce dernier quel esprit donne-t-il à ceux qui s’en servent. Oh Lou chéri je suis certain que chez toi ce n’est pas le même esprit et même que je n’ai rien, tes parents ne me le reprocheront pas. Tandis que les miens la première chose qu’ils m’ont dit quand j’ai dit que je m’en allais chez toi a été qu’est qu’ils vous donneront ? Susceptible comme je te connais jamais tu ne supporterais tout ça sans être malheureux. Il n’y a qu’une chose qui compte.
Je me souviens maintenant du premier dimanche de septembre quand tu me disais que si tu avais une grosse situation ça serait autrement, je ne le croyais pas. Aujourd’hui je ne doute plus puisqu’on ne se prive pas de me le dire.
Enfin à la grâce de Dieu ce qui est décidé l’est bien. Ce n’est pas la peine qu’ils emploient leur temps à essayer de me faire changer d’idée, c’est du temps perdu.
Je te quitte pour aujourd’hui mon petit Poulet en t’envoyant mes plus tendres baisers. Mille caresses à mon petit coquin ou que j’aime de tout mon petit coeur de petite Mie.
Adieu mon petit chéri.