Virailles Dimanche 25 janvier 1948

Mon petit Poulet chéri

Eh bien ! Hier c’était un record, j’ai eu trois lettres à la fois, c’est amusant ça, plus tu t’éloignes de moi plus tes lettres me parviennent vite. Celle que tu m’écrivais le 20 au soir m’est arrivée en même temps que la carte de Frauzac. J’en ai eu pour un petit moment à lire tout ça. Toi as)tu reçu celle que je t’ai écrite jeudi ? Vous deviez être rentré de manoeuvre, vous ne deviez pas avoir le temps de trouver le temps long avec votre petite guerre mais sans ennemi, c’est pratique cette histoire là.

Il y a un mois je n’avais pas besoin de prendre la plume pour retrouver mon petit Amour puisque je l’avais tout près de moi. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Bientôt il me tarde de te revoir. Un mois c’est bien assez sans revoir mon petit Amour. Hier c’était la foire à Lauzun. Normalement c’est le 26 mais comme c’était aujourd’hui le maire l’avait avancé, d’un jour, c’est surtout un rassemblement de la jeunesse. Il parait qu’il y avait beaucoup de monde. Moi je n’aime pas beaucoup aller au bal. Je n’étais pas trop punie. Puis comme j’était plus fatiguée cette semaine que l’autre je suis allée au docteur à Eymet. Je suis immobilisée pour une dizaine de jours par une pagui-plurite. Ce n’est pas bien grave. Le docteur m’a passé à la radio, c’est de l’inflammation de la base du poumon gauche provoquée par le chaud et froid que j’ai pris il y a quinze jours. Il m’a donné une collation de médicaments à base de calcium. Il parait que j’ai perdu 3 ou 4 kg. Mais comment il le sait, il ne m’a pas vue avant d’être fatiguée. Moi je ne trouve pas bien changée. Je lui ai demandé si c’était long cette histoire. Non m’a-tel dit, huit ou dix jours. Je me lève à dix heures. Après sur la chaise longue. Si je ne fais du lard, je ne souffre pas toujours. Il n’y a que les cataplasmes qui sont un peut embêtants parce que ça pique la farine de moutarde.

J’ai beaucoup de névralgies mais c’est provoqué par la faiblesse nerveuse. Ta pauvre Mie est un petit oiseau fragile tu sais. Enfin je pense que lorsque tu me retrouveras je serai de nouveau rétablie comme avant. Mais attends, je ne vais pas reprendre le travail comme avant afin d’avoir une mine potable pour le mois d’avril, pas vrai mon petit chéri.

Pour une fois il vaudrait mieux que ce soit toi qui soit malade parce que tu aurais peut être eu une convalescence d’une dizaine de jours, ça aurait toujours été ça de sorti. Assez de malade.

Une petite nouvelle. Tu ne sais pas ce que j’ai retrouvé cette semaine : ton insigne que tu avais tombé le dimanche au soir près de la cuisinières. Devine où je l’a retrouvée. En enlevant le bidon de gaz de sa place. Je balayais et ton insigne est revenue. Faut il que je te l’envoie dans un colis demain, je ferai dimanche des tickets de pain. Je te les enverrai mardi. Demain on tue le cochon mais moi je n’y travaillerai pas beaucoup à cette cuisine. Je ne peux pas rester debout. A la fin de la semaine ou au début de la prochaine je t’enverrai un colis, ne t’en fais pas pour les dettes, tout est bien noté. Mais rassure-toi la moitié à la taxe, la moitié au marché noir, nous le réglerons quand nous serons tous les deux mon petit Poulet.

Je vais te quitter pour aller manger

Adieu mon Petit Amour pour aujourd’hui. de ta petit Mie qui t’aime de tout son petit coeur. Reçois mille doux baisers sur tes lèvres bien aimées. Mes plus tendres caresses à mon petit Poulet.

Mon petit Coquinou je t’aime beaucoup tu sais.

 

Mon petit Amour

Comme avant midi je n’ai pas acheté ma lettre, je viens te retrouver, qu’est-ce qu’il faut faire pour tuer le temps. Que je m’ennuie là à rien faire. Je tourne, je vire, je reviens sur ma chaise longue et ainsi toute la sainte journée. Que fais-tu toi aujourd’hui ? Dire que si tu étais près de moi le temps passerait si vite. Ca reviendra bien un jour sans doute cet heureux temps où mon petit chéri n’aura pas besoin de permission pour retrouver sa petit Mie le dimanche.

Si j’avais encore une camarade de mon âge qui soit voisine, il n’y a que Jeanne Castang qui est encore gosse et il y a longtemps que je ne l’ai pas vue. Sans doute quand je serai au Pin je trouverai un énorme différence. J’aurai mon Poulet tous les jours et Lulu qui est jeune. Moi qui suis habituée à ne voir tourner que des vieux autour de moi, je vais changer complètement quoiqu’il y aura bien tes grand parents. Ici Yves, on ne le voit pas beaucoup. Dans la journée, au moment des repos. Le soir sitôt qu’il a mangé il va au lit. Maintenant j’y suis tous les soirs à neuf heures. Ma plus grande compagnie c’est la mirette qui vient se chauffer. La semaine je couds. Je ne vais pas bien vite mais petit à petit j’arrivera à avoir un petit trousseau. Je suis obligée de dire qu’à toute chose malheureusement est bon. Si je n’étais pas fatiguée, je n’aurais pas le temps. Comme ça c’est le meilleur moyen.

Il commence à faire sombre. Je vais te quitter mon petit Trésor chéri en t’envoyant encore tous mes plus tendres baisers. Ta petite Mie chérie pour je t’aime mon Amour.