Périgueux le 26 janvier 1948
Mon petit Trésor chéri
Pour ne pas rompre avec les habitudes, me voici pour aujourd’hui encore consigné au quartier. Cette fois pour deux raisons pour ne pas être manqué, la première parce que depuis hier soir jusqu’à ce soir à 6 heures je suis « piquet d’incendie », la deuxième parce que pour ces deux soirs, j’ai les permes de spectacle supprimées pour des raisons stupides que me valent toujours mes responsabilités de Bricar. Tu sais depuis le 11 qu je ne suis pas sorti, ça finit par être une drôle de punition. Hier soir je commençais à l’avoir mauvaise, les trois « délinquants » sont de corvées de soupe et de chambre toute la journée, même je t’assure les autres camarades prenaient hier soir drôlement parti pour moi, pour une fois c’est entre eux qu’ils se sont fait la morale, même à la fin un est venu me trouver : tu sais, me dit-il, si tu en as gros sur le coeur pour nous, tu peux nous punir davantage ». Non, ça va pour cette fois mais attention que ce soit la dernière car après il ne sera plus question de corvées désignées par moi, il y aura un petit motif au bureau de l’adjudant de Batterie, O franchement tu sais mon petit Chou, je ne le ferais pas sans y être contraint car je sais que deux jours de consigne portés par moi arrive au colonel avec au moins huit jours de « cabane ». Le capitaine me l’a bien fait entrevoir l’autre jour; tu comprends bien Chérie que je m’en voudrais de savoir un camarade en tôle sur ma décision, mais par contre je les ai avertis que pour eux je n’avais pas envie d’y aller faire un tour, enfin j’espère bien terminer mon temps sans « grabuge ».
Comme je t’ai dit tout à lehrer, tu sais mon petit Poulet je crois que hier au soir j’étais « de mauvais poils », j’avais même commencé à écrire à ma petite Mie, mais ce matin j’au trouvé que ma lettre était trop antimilitariste aussi je l’ai déchirée, je recommence à avoir encore un peu d’espoir, par moment le moral fait faillite, en voyant toujours u temps aussi monotone dans cette maudite caserne et toujours avec son caractère acariâtre l’incertitude de notre proche retour.
Jeudi, comme tu as dû le savoir par mon petit message expédié de Montbron, j’ai reçu ta lettre juste en partant et c’est seulement après la traversée de Périgueux que j’ai pu la lire; le soir vers cinq heures nous arrivions au centre de regroupement des forces qui devaient participer aux manoeuvres, nous avons donc organisé notre cantonnement devant l’entrée d’une ferme. La nuit nous avons campé dans la grange, tu sais mon petit Trésor j’ai bien dormi, avec un camarade de ma chambrée nous avions fait une couche commune, sous la charrette, et de ce fait avec nos six couvrantes nous étions bien au chaud et sur la paille il ne fait pas froid. Le lendemain au jour les véhicules étaient prêts à démarrer, les pleins étaient faits et les antennes pour les radios étaient fixées; la manoeuvre commençait; de tout mon temps à l’armée c’est les jours de manoeuvre qui seuls peuvent me plaire et on en garde encore un assez bon souvenir : huit heures les liaisons étaient assurées avec les trois régiments : 2eme cuir. 30 BCP. G8eme RA et nous commencions la guerre sous la direction globale du générale Sure; tu sais ma petite Chérie ce doit être drôlement intéressant pour les civils, c’est la vraie petite guerre, je dirais même la guerre drôlement bine simulée, seulement il était supposé que l’ennemi battait en retraite, le plastron (troupes réelles qui représente l’ennemi) devait finir par se constituer prisonnier et la progression reprenait vers le village suivant en tactique militaire; je t’assure quand on est certain de ne pas avoir e riposte c’est un véritable jeu assez intéressant pour le témoin peut être pas pour le chasseur qui se tape des deux ou trois cents mètres à la course avec la mitrailleuse sur le dos en changeant de position. Pour nous assis dans nos Half-Tracks le microphone et le crayon à la main, la partie était bonne, surtout pour les artilleries toujours à l’arrière mais qui bondissent en avant sitôt une nouvelle position occupée, nous traversions les villages à toute allure, à la grande stupéfaction des civils qui étaient tous aux portes et aux fenêtres. A midi nous étions à Pranzac, l’artillerie seule y est restée pour bivouaquer et nous stoppions la manoeuvre l’après midi. Nous devions essayer de pousser jusqu’à Angoulème que nous convergions depuis le matin, mais un contre ordre subit arrivait à deux heures annonçant la fin des manoeuvres; brides abattues nous avons rejoint la route de Périgueux et le soir même, nous étions au quartier, après notre petite promenade de près de deux cents kilomètres, mais en rapportant un sympathique souvenir des Charentais qui vraiment ont été tout à fait gentils pour notre soudaine et brève visite; malgré la pénurie alimentaire, les braves gens ne nous plaignaient pas, un litre de blanc ou même une miche de pain et quelle différence d’accueil pour une fois ce n’était plus les regards de travers qui nous assaillent dans notre « chère » garnison. Il est vrai, comme je disais aux braves habitants de Pranzac, « heureusement que nous ne restons pas, vous finiriez par trouver vos visiteurs plutôt gênants ».
En même temps que ta lettre de jeudi j’en avais une de maman qui m’apprend beaucoup de nouvelles, alors que j’avais tu les petits renseignements que tu m’avais donnés pour l’affaire de Loulou, c’est Elle qui m’en parle en me demandant d’en garder le secret, aussi j’attendrais d’être tout près de toi pour tout te dire car j’ai confiance en toi, encore je ne peux tout te dévoiler mais c’est bien pour l’histoire de notre négligence pour passer la radio que Louis recevait le message de Lily. Un cas assez grave. Au Pin ils ont pris cette fois la résolution d’aller à Villeneuve. Je t’expliquerai quand je serai tout près de toit mais surtout ma chérie n’en parle à personne à Vitailles et si tu écris à Lily, feins de ne rien savoir ou soupçonner par mes lettres.
Hier j’ai reçu ta lettre que tu m’as écris jeudi soir. O sûrement ma petite Chérie je voudrais que mes pressentiments soient faux, hélas j’ai le nez trop creux, un regard, une parole, une poignée de main me renseignent, tu sais c’est l’arme des âmes sensibles. Remarque mon petit Chou c’est peut être un avantage; car ces gens sont peut être excessivement prévoyants. Mais ils sont hélas parfois très susceptibles; tiens par exemple ce qui va très bien c’est lorsqu’ils sont deux sensibles ensemble, ils se comprennent sans parler, se vexent sans rien dire, c’est pour le troisième sensible qui les regarde, tu riras quand je te raconterai des petits faits. Je vais cesser ma petite causerie car il me faudrait une troisième édition pour détailler celle-ci. Reçois mon cher petit poulet tous mes plus doux baisers et toutes mes caresses. O tu sais je t’aime bien. D’ailleurs ce n’est pas à n’importe quel correspondant que j’envoie un petit journal, mais pour ma petite Chérie de Vitou qu’est-ce que je ne pourrais pas faire. Certains font de beaux cadeaux, que veux tu on est pas trop riche, on ne donne que ce qu’on a et quand c’est le coeur on ne regrette jamais. Pour toujours à toi ma petite Mie. Ton petit coquinou.