Périgueux ce 27 janvier 1948

Mon petit Trésor chéri

Avant d’achever l’après midi je viens t’écrire un petit mot, « si personne ne vient me déranger »; tu sais comme toujours je ne fais presque rien; il est vrai que si peu que l’on ait à faire on travail le moins possible mais un gradé passe, il faut toujours paraitre occupé. Après midi je crois que je vais me la couler douce, tout à l’heure un margis est passé, j’étais en train de réparer le commutateur dans la pièce, il m’a laissé la paix; remarque ils ne veulent pas voir un bonhomme sans rien faire mais ils ne savent pas comment nous occuper. Heureusement que les journées sont courts le temps passe un peu plus vite car les nuits, elles, ne comptent pas, moins on est fatigué, mieux on dort et c’est au lit que l’on trouve toujours le temps trop court.

Il y a bien aussi les interminables nuits de garde mais sur ce point je ne peux pas trop me plaindre; surement demain soir je passerai la nuit au poste mais cela fera depuis le dimanche 18 à dormir en chambre (à part la nuit à Montbron). E n’est plus la nuit entre autre de l’été dernier, je crois ma petite Chérie, si nous reprenions cette habitude, déjà l’infirmerie se débarrasserait sur l’hôpital car je vois que ces nuits là, bien que rares, ne nous sont pas salutaires surtout sans feu au Poste quand on revient de monter sa faction et interdiction de quitter ses chaussures, moi qui n’avait jamais d’engelures, j’en ai ramassé presque sur tous les doigts, heureusement ce n’est pas trop grave.

Aujourd’hui je crois que je vais être à court d’idées. Que pourras-je bien encore te raconter sur cette vie en caserne ? Il vaudra mieux que je le garde pour quand je serai près de toi; à ce moment tu ne me plaindras pas et de bon coeur tu pourras rire de mes déconvenues n’est-ce pas; il parait que la semaine prochaine je suis désigné brigadier. D’ordinaire pour prendre la semaine, c’est tout juste le comble; mais n’aie pas peur, je ne vais pas me laisser monter sur les pieds. Je n’ai pas envie, pour les derniers moments à passer militaire, les vivre « au petit château ».

Je vais pour ce soir te quitter mon petit Trésor chéri en t’envoyant tous mes plus doux baisers sur tes lèvres que j’aime tant, quand ut recevras ma lettre, il y aura exactement un mois que je t’ai quittée, j’espère bien u’avant le 29 février j’aurai eu le doux bonheur de t’en donner de plus doux que par lettres.

Pour toujours ma petite Chérie, celui qui ne cesse de penser à toi. Encore mille baisers et tant de caresses.

Oh ! que je t’aime. A bientôt, je t’aurais dans mes bras.

Pour toute la vie.

Ton petit Lou qui t’aime.