Périgueux le 5-2-1948 (-9- au jus)
Mon petit TRESOR chéri
Depuis hier c’est la même phrase qui court sur toutes les lèvres : « Maintenant c’est officiel, la 46/2 a la quille le quinze« . Il te sera facile de comprendre l’accueil d’une telle nouvelle dans le quartier, aussi Monsieur Poulet n’est pas le moins heureux, mais je n’ose donner tout de même trop libre cours à mon optimisme, (attention aux retours de flamme). C’est égal il y a plein d’espoir, n’est-ce pas Petite Chérie ? Sûrement il n’y avait pas de la joie que pour nous; et mon petit Amour devait sentir battre son petit coeur lorsque le speaker de la radio a annoncé hier soir notre prochaine libération.
Pour moi, s’il n’y a rien d’imprévu, je quitterai ici ma permanence au retour du camarade juste le jour de la quille, de ce fait, je n’aurai pas le temps de redouter à la vie de batterie, ru sais ce sera pas à contre-coeur.
Je viens juste à l’instant de recevoir ta lettre de mardi; bien que les nouvelles soient brèves, elles sont toujours les bienvenues (il est évident qu’à Vitailles, les imprévus sont plus rares). Déjà des invitations à noces ! L’année commence bien, heureusement que ma petiteMie ne voulait pas faire de grandes noces, oh tu sais moi ça m’est égal. C’est égal ils s’y prennent assez tôt pour fixer la date, surement ils doivent être de ceux qui vont trouver le carême long cette année; ça me va à merveille de les critiquer (tu ne crois pas). Franchement deux mois à l’avance ce n’est pas trop tôt, il s’en va temps que je revienne définitivement pour en parler sérieusement, remarque, dans autant de jours que j’en ai passé avec à nouveau le costume, nous ne serons peut-être pas bien loin de « NOTRE » grand jour; il me semble que ce sera impossible mais toi de même, sitôt mon retour, de toutes mes forces j’y travaillerai.
Tu vois que je me la coule tout à fait douce puisque c’est durant les heures de travail que je m’escrime sur la machine à écrire. Enfin ça commence à venir avec un peu de patience, mais je t’assure si un jour tu me perds ce se sera pas la peine de me chercher derrière une machine à écrire.
Après midi, il y a un peu d’effervescence dans le quartier. Les canonniers mettent un brin d’ordre pour la venue d’un Colonel; moi je suis à l’abri de tous ces petits embêtements, ce sont les « tolards » qui ont astiqué la salle de service; le travail le plus dur pour moi consiste à aller me promener en vélo en ville. Depuis lundi je suis sorti neuf fois, dans la seule journée d’hier sur mes huit heures de service, j’en ai passé cinq en ville encore que le soir le lieutenant m’a offert une invitation gratuite pour assister à une conférence accompagnée de projection sur les rayons X. Je ne refuse pas, surtout lorsque c’est pendant les heures de service; cette séance était assez bien réussie, elle avait lieu au cinéma PALACE à Périgueux et l’orateur ne se défendait pas trop mal.
Je vais te quitter mon cher petit Amour, reçois de ton petit Coquinou qui espère bien être près de sa petite Mie chérie dimanche en huit tous les plus doux baisers et les plus folles caresses.
Pour toujours à toi, ma petite Chérie je t’aime
Encore à B I EN T O T
Ton petit Lou