Vitailles 8 février 1948

Mon petit Poulet Chéri

Ah ! Aujourd’hui j’ai fait une grande sortie, la première depuis je ne me rappelle même plus si c’est 4 ou 5 dimanches. Je suis allée à la messe à 11h 1/2, j’ai mangé chez ma tante et me voici rentrée. Il fait un temps magnifique. Je n’ai pas eu froid du tout. Cette semaine j’ai reçu une lettre où tu me disais que tu avais été malade. Je pense que ça n’a pas été trop grave et que tu es bien à présent. Il ne te faut pas être malade pour la dernière semaines. Je constate que le travail ne te fatigue pas trop. Tant mieux pour toi, pour le salaire que vous recevez ce n’est pas la peine de trop vous fatiguer, n’est-ce pas mon Lou chéri. Sans doute ça changera au Pin.

Sauras-tu te servir des outils à présent que tu es presque habitué au téléphone, à la machine à écrire. Je voudrais bien te voir chercher tes lettres sur le clavier de la machine. Ce n’est pas compliqué mais il faut se rappeler de leur place. Tu as du mettre un moment pour écrire la lettre que tu m’as envoyée jeudi. Je te félicite, elle était bien tapée. Tu prends des grades colonel Lou. J’aime mieux te dire que ça ne va pas . Tu ne serais pas assez sévère. Tu vois lorsqu’on te met juste fonctionnaire Bricard, tu te punis au lieu de punir tes hommes. Non ce n’est plus ça. Je crois qu’encore, le métier qui te va le mieux c’est paysan. Je pense que tu es de mon avis et que tu ne demandes pas à rester dans l’armée.

Tu as de la chance de pouvoir aller voir d’aussi beaux films. J’ai lu le scénario sur Marie-France. Il y a aussi quelques photos. IL y a des passages qui doivent être bien tristes d’après ce que j’ai vu. A toute chose malheur est bon. Si tu avais été à Ste Livrade tu ne l’aurais pas vu.

Aujourd’hui sera-il le dernier dimanche que nous passons loin un de l’autre. Je l’espère mais j’en serai plus sûre lorsque je ne ferai plus sur l’enveloppe Périgueux. Pour les deniers jours tu vois, l’armée veut que tu garde un bon souvenir d’elle, c’est pourquoi ils t’ont mis à une bonne place, pas vrai mon Poulet. Maintenant tu es à peu près sûr de ne pas aller faire un tour au petit château, Dieu merci. As-tu reçu ton colis ? Sans doute vendredi avec cet échange de billets, il n’a pas pu partir que mercredi.

Je vais te quitter pour aujourd’hui avec le doux espoir de t’avoir dimanche prochain. Reçois mon Poulet chéri mille doux baisers de ta petite Mie qui t’aime de tout son petit coeur ms plus tendres caresses.

Mon petit Chéri je t’aime

A bientôt

PS J’avais fermé ma lettre j’ai réussi à la réouvrir, la colle n’est pas trop bonne heureusement. Tu sais on m’a dit que nous n’aurions pas le droit de veiller quand tu viendras. Parce que je suis fatiguée et que je devrais dormir et non veiller jusqu’à deux heures du matin.

Tu sais ce que j’ai répond « je suis majeure ». Je crois que je n’aurai pas gain de cause. Enfin tu seras là pour me défendre n’est-ce pas.

Adieu mon petit Chéri