Périgueux le 10 février 1948

Mon petit TRESOR Chéri

Serait-ce la dernière lettre que j’écrirai à ma petite chérie avec le costume militaire sur le dos ? J’ose l’espérer, mais je ne peux hélas encore le penser avec certitude; ce soir premier départ des 46/2, je ne suis pas encore parmi les partants, aujourd’hui ce sont les marins et ceux de la 1ere région militaire, donc je ne suis ni un ni l’autre; demain à leur tour les gars de la deuxième et troisième région prendront leur essor et enfin peut-être jeudi, si la chance daigne me favoriser encore, il se pourrait que le nom de canonnier PONTREAU figure sur la liste avec ceux de la quatrième; mais hélas si cela peut paraitre logique, ce n’en est pas plus certain.

Heureusement je n’ai pas accroché de « tôle » depuis mon retour, car ce matin, tous ceux qui ont été punis de plus de huit jours de prison on été appelés devant le Colonel pour passer le conseil de discipline, et forcément, il y a eu des surprises, les pauvres gars vont faire du »rab » variant de six à huit jours après le quatorze……

Il est près de minuit, j’avais été obligé d’interrompre ma missive; puis ce soir je suis sorti en ville et de ce fait c’est au retour du cinéma que je viens retrouver mon cher petit Amour.

Aux dernières nouvelles, je risque de ne partir que Samedi soir, après le départ en détente de la presque totalité 47/1, les employés de bureau sont irremplaçables et ainsi pour toutes les formalités à remplir pour la démobilisation de notre classe, ils sont indispensables; maintenant reste à savoir si je suis compté parmi eux, à mon avis, n’importe qui pourrait me remplacer.

De toutes façons, comme si je n’arrive qu’à une heure dans la nuit de Samedi à Dimanche, je tâcherai de passer une partie du dimanche après de ma petite Chérie, mais si j’arrive au Pin un jour plus tôt je seoir ton petit convive dès Samedi soir; oh! si tu savais mon doux petit Trésor comme ile me tarde d’être à nouveau tout prêt de ton petit coeur; on dit bien loin des yeux près du coeur, je ne veux pas contredire ce proverbe, mais il vient si tendrement fortifier notre amour, Oh Chérie comme je t’aime, tu ne pourrais croire comme mon petit coeur souffre de ne pouvoir en des soirs comme celui-ci, laisser déborder toute sa tendresse, o petit Amour, comme je voudrais encore sentir tes douces lèvres sur les miennes, sentir tout ce qui est ma petite Mie frissonner de bonheur dans mes bras.

Ma petite Chérie je vais aller au dodo, en emportant ton doux souvenir au pays des rêves; en attendant que ce rêve bleu se réalise et m’amène mon petit Trésor dans mes bras, reçois mon petit Chou tous mes plus tendres baisers et toute la folie de mon amour et caresses.

Pour toujours à Toi et toujours davantage

O ma Chérie, que je t’aime

A bientôt (à DImanche)

ton petit Coquinou

 

Ce matin : 11 février

Cette fois la journée commence de bonne heure.

Un coup de téléphone à cinq heure du matin : « immédiatement, allez chercher le Colonel à sa résidence en ville. »; aussi alerter le chauffeur, le corps de garde tout ça c’est mon boulot, je t’assure le mot immédiatement a souvent résonné dans l’appareil; J’ignore ce qui leur a pris ce matin pour un lendemain de Carnaval, le Colon ne se sent plus, ce n’est pas une raison pour t’oublier le sommeil aux braves gens à cette heure; enfin le malheur c’est qu’il faut s’exécuter, et encore en vitesse.

Pour ce matin, adieu mon petit Trésor, encore tous plus doux baisers et à « Dimanche ».

Ton petit Lou