Le Pin ce 7 avril 1948

Mille baisers et à Dimanche ton P.C.

Ma petite Fiancée chérie

Pour bien achever ma journée que j’ai passée à me promener tout à travaillant pour notre « nous deux » je viens te retrouver toi mon cher petit Amour et au milieu de tous tes occupations te redonner un petit brin de courage.

Cette journée m’a assez bien favorisé en bonnes affaires, tu sais mon petit Trésor il suffit parfois d’un tout petit peu de bonne fortune; pour moi c’était le cas. Voyons, résumons : le costume me sied à merveille; quelques petites retouches, pour samedi il sera prêt; j’ai rapporté les faire-parts, ils sont très bien tu verras mon Poulou (pour le prix ils peuvent l’être) la question épineuse persistait, c’était le fameux car, ça nous a valu René et moi de nous démener toute l’après midi à Villeneuve, nous avons même téléphoné à deux entreprises de transport public; j’ai retrouvé celui que j’avais déjà vu, les prix : 6000F et lui fournir les bons pour trente cinq litres d’essence, la plus avantageuse façon d’avoir l’essence me revenait à payer les bons 1000F pour 10h ce qui portait le trajet à 10.000; à force de courir j’ai fini par trouver mon homme il est aussi à Monclar c’est monsieur Goudenège; j’aurai pour le 29 avril son car de trente personnes à ma disposition pour toute la journée et encore il n’est pas encore tout à fait certain, mais ce sera le car tout neuf qu’il attend d’un jour à l’autre qu’il pense me procurer. De toutes façons nous avons un car de vingt cinq personnes; tout est même fixé et il n’est pas à quelques kilomètres près; nous avons fixé pour environ cent kilomètres ce qui nous porte le prix à 6000 francs et aucun embêtements pour le carburant; le matin il doit être au Pin à sept heures légales, et dis mon petit Trésor j’ai pensé qu’après la messe et notre petit déjeuner nous pourrions partir en car, toute la noce pour Eymet où nous nous ferions photographier et où nous prendrions l’apéritif avant de revenir à Vitailles. Je laisse cet avis à ton jugement; ce serait pour boucher le trou entre la messe et le repas du midi.

J’espère recevoir après demain une lettre qui je pense sera affirmative pour votre visite projetée pour dimanche. La grand-mère sera je le souhaite bien remise, si elle ne peut venir pour tout fixer; maman devra revenir à Lauzun le dimanche suivant. Enfin de toutes façons je serai près de toi dimanche pour en causer. Oh ! tu sais mon petit Trésor si quelque chose parfois t’afflige dans ce travail débordant pour toi, confie-toi entièrement à moi, tu peux me donner du travail tu sais mon petit Poulou pour certaines choses je peux t’aider, je voudrais tant te sentir par moi et près de moi si heureuse; oh! mon pauvre petit Chou, la vie n’est qu’un chapelet de peines, nous spiritualistes en serions-nous étonnés ? N’est-elle pas encore la toute franche dans ma mémoire cette phrase que j’ai si souvent méditée parce qu’elle venait de Celle que j’aimais en silence ?  : « il ne faut pas avoir peur de souffrir, c’est pour lutter, pour gagner la grande récompense » Oh! Chérie à l’aurore de cette vie, que nous rêvons tous deux, peut-être que les peines qui déjà viennent mouiller nos paupières ne sont que des indications pour notre vie et nos devoirs de demain, mais comme nous nous sentirons forts blottis un près de l’autre, palpitants dans notre amour et ancrés en notre foi.

A dieu mon petit Trésor, je vais au dodo. Avant de m’endormir je penserai encore si tendrement à ti et aux doux instants que nous vivrons aune ce sera toi qui me possédera et où enfin j’aurai Celle que je ne pourrais jamais me lasser d’aimer comme un petit fou, ma petite Fiancée bien aimée, épouse chérie bientôt.

Encore mon petit Poulou tant de baisers. Oh! chérie que je t’aime pour toujours.