Lauzun, 2 février 1947
Mon petit Charlou
Ici les plumes marchent encore plus mal qu’à Vitailles. Tu vas peut-être être étonné d’avoir une lettre, c’est dimanche, comme j’ai un peu de temps de reste je viens les passer avec mon petit Charlou. Loin des yeux mais près du coeur.
Aujourd’hui c’est la chandeleur il parait qu’il ne faut pas de soleil pour ne pas avoir quarante jours d’hiver de plus. Si c’est vrai, qu’est ce que nous allons prendre. Pour moi je n’y crois guère. Après avoir fait un brin de causette avec toi je vais aller prendre des photos donc pour moi il vaut mieux du soleil. Je ne sais si tu as pu arriver à lire ma dernière lettre, ça valait un coup de cinéma cette veillée, pour te l’expliquer c’est trop long, je te raconterai cela de vive voix.
Je crois que cette année, nous allons faire le tour de France si nous continuons de la sorte. Une chance formidable ? Mais les sorties se rapprochent tellement qu’on est obligé d’en faire passer à côté. La semaine dernière, j’obtiens la permission d’aller à la session jaciste de Latanée. Devine ma joie puisque jusqu’à présent, je n’avais pas le droit puisque trop loin de la ferme à bicyclette à cause du rhume. Mais cette année pas de rhume et le train à ma disposition. Voila que jeudi une lettre arrive, disant que nous étions attendus, tous les deux, (avec) Yves, dans les basses Pyrénées entre le 12 février et le 24. Stop. Latanée à l’eau, deux jours de voyage pour aller là bas à cause des mauvaises communications donc une semaine sacrifiée en partant le 11, nous rentrerions sans doute le 20 ou le 21. Grand-père est aussi content que nous. Je t’enverrai des vues de coins encore inconnus. Je ne sais pas si cette série de sorties va durer encore longtemps. Je ne crois pas, enfin on tiendra toujours ça. Il n’y a que le portefeuille qui n’en est pas très satisfait. Tant pis pour lui ?
Que fais tu toute la journée du dimanche ? Je pense que mon petit Charlou ne s’ennuie pas trop. Tu sais moi le soir, lorsque j’ai assez tricoté, je relis tes lettres, il me semble que tu es à côté de moi. Tu sais je passe un bon moment, j’en fais la critique puis lorsque j’en ai lu cinq ou six, je vais me coucher en emportant ton souvenir au pays des rêves.
Je vais te quitter mon petit Lou Chéri.
Reçois de ta petite alouette qui t’aime, ses plus chères pensées.
Yvette
Tu sais en lisant tes lettres, je pense parfois comme j’ai dû le faire souffrir de vivre ainsi dans l’incertitude de ne peut-être jamais avoir cette petite Yvette. Maintenant, n’ai plus de doutes, l’amour pour toujours est né dans mon coeur et il sera tout pour mon petit Lou.