Périgueux le 2 juillet 1947
Lou et Mie pour toujours
Ma petite Mie chérie
Si ça continue Lou va apprendre à maitriser son impatience : tu penses à midi, je reçois une lettre de mon cher petit Amour j’étais au poste de police et de devais prendre la faction de 12 à 14; j’avais juste lu les quatre ou cinq premières lignes « relève ». Dans l’armée une seconde c’est une seconde le temps de vite serrer la lettre, sauter sur mon fusil et mon casque j’étais le dernier en rang et comme le dernier a la mauvaise place, devant l’entrée du quartier, en plein soleil et sous le regard des offs, qui ne font qu’entrer ou sortir, à qui la sentinelle doit présenter à chaque fois les larmes, si on veut attraper quinze jours de taule, il n’y a qu’à tirer une feuille de papier de la poche; aussi j’ai attendu deux heures alors que mon petit coeur avait déjà reflété les doux mots d’un début de missive de ce petit coeur tant aimé; j’étais content quand même, car ça prolongeait le bonheur.
Oh ! petit Chérie; Pourquoi prétendre que les lettres que je recevrais ne pourront égaler celle que tu reçois; que tes missives ne sont aussi affectueuses que les miennes ? petit Amour pour te répondre il me suffit d’interroger mon petit coeur; si tu savais Chérie avec quel paroxysme de joie il sent traduit dans ces lignes tout ton petit coeur (chérie; Chérie; je t’aime) Oh tout l’amour de ces mots, à chaque expression s’envole vers lui et dans cette douce union de nos petits coeurs lui aussi les murmure.
Sûrement lorsque j’aurais quitté le costume j’irai souvent procurer à ce petit coeur le bonheur de retrouver Celle qu’il aime tant; Oh! tu sais, petit Amour si les lettres sont toujours si expressives, tu verras quel autre bonheur apportera des instants passés tous les quinze jours ou trois semaines un tout près de l’autre; depuis que me petite Mie m’a franchement déclaré son affection nous avons à peine pu nous retrouver trois ou quatre fois et pourtant quel amour grandissant à chaque rencontre. Quand mon petit Amour attendra son petit Lou ce sera du bonheur pour toute la semaine précédente; et comme chacune de nos lettres chaque après midi, où nous pourrons échanger nos petits projets et où nous essayerons de découvrir dans la fusion de nos pensées ce que sera notre vie à tous les deux, mêlée à le tendresse de nos doux baisers, grandira à chaque fois encore notre petit Amour; tu verras petite Chérie; et si tu prétends que tu ne peux égaler mon affection pour toi, moi je suis bien sûr qu’un jour Lou aurai du mal à rendre toute la tendresse qu’il recevra de sa petit Mie Chérie et sans toi tout mon bonheur s’évanouira; un bonheur dont il m’est impossible de pouvoir évaluer le prix.
Va, petite Chérie pour ton petit Lou que tu aimes tant, tous tes sentiments sont dévoilés dans toute leur ampleur et leur tendresse; l’amour de ma petite Mie je le compare au mien; je sais que si ce cher petit Amour a peur de ne pas être assez expressif, Elle aussi dans la sérénité de doux soirs, avant de s’endormir laisse voguer toutes ses pensées vers son petit Amour et s’envole vers le pays de rêves bleus emportant le tendre espoir de s’endormir un jour blottie contre ce petit coeur aimé, et serrée dans les bras de celui qu’elle ne peut oublier.
Oui si le Bon Dieu veut bien. Pour l’empêcher il faudrait qu’un de nous disparaisse ou un extraordinaire empêchement à l’union de nos vies. Un jour tu l’auras ton Lou et pour toujours et sois certaine que son bonheur sera aussi grand que le tien.
Oh oui Va ma petite Chérie de mon coeur.
Adieu pour ce soir, je t’envoie de mon petit coeur qui ne peut t’oublier une minute tous les plus doux baisers.
Pour toujours