Poste de garde 111.D.111

Le 6 juillet 1947

Ma petite Mie Chérie

Hélas aujourd’hui, consigné à mon poste, je devrais me contenter d’entendre la voix argentine des cloches appelant les fidèles à la messe; cependant si ce ne peut être dans cette volupté spirituelle de la cathédrale; ce sera à tous les instants de ce jour que je serai de coeur et d’âme tout près de mon cher petit Amour.

Quand tu recevras ces pensées petite Chérie, un mois, à la date nous séparera déjà de cette journée du 8 juin. Il y aura un mois tu étais dans mes bras; nos étreintes, nos sourires, nos baisers témoignaient toute la force de notre amour; mon petit coeur était si heureux de sentir battre le tien; pour toujours il promettait de te chérir; déjà sur cette route que nous entrevoyons pour tous les deux il se trouvaient des obstacles; le bonheur de nos petits coeurs pouvait faire souffrir d’autres sans qu’il nous soit possible de l’éviter.  O souffrance du coeur qui désire tant le bonheur de tous, de passer pour un égoïste. Oh ! Petite Chérie, dans cette confusion de mes sentiments tu pardonneras la faiblesse de mes larmes; quand on est soldat on doit être fort et maitriser même son coeur. Il fallait une solution je l’ai prise; demain encore des mots injustes se murmureront à tort, j’essaierai de toutes mes forces de faire comprendre, mais je ne pense plus chercher de meilleures solutions, j’ai dit; rien ne me fera changer. Dieu jugera, puisque nos pensées ne peuvent être échangées en même temps dans l’expression de nos voix je viens avec quelques jours de distance répondre aux suggestions de mon petit Amour; la réponse de ma petite Mie était attendue dans toute sa vérité au sujet de toutes ces erreurs de cette folle jeunesse; insatiable proie de la chair et du mal.

Je crois Chérie que tu peux être plus indulgente pour les fautes de ton sexe. Et si tu veux ensemble nous allons découvrir d’où vient tant de mal. La femme doit se garder. Dieu lui a donné pour elle des facilités qui l’éloigneront, du moins qui lui feront paraitre avec indifférence les attraits de la chair; également ses sens charnels endormis en elle susciteront moins ses désirs; alors que déjà chez l’homme ils sont en éveil; une jeune fille pure, même qu’elle ait entrevu le bonheur d’une vie à deux, ne réalise pas très bien ce que peut être tout le plaisir de la chair et cette loi pour vous toutes, petites soeurs est la même; une jeune fille, d’elle-même, biens que certaines soient plus sensuelles que d’autres, si elle ignore l’acte ne le proposera; seulement elle n’est qu’une femme; elle refusera d’abord; bien que ce premier amour qui a éveillé son coeur l’attire vers son beau prince et en elle commence une étrange lutte; et n’oublie pas que l’homme qui veut arriver à ses fins, usera peut-être des moyens les plus scrupuleux. Et un jour de folie, cette petite jeune fille qui jusqu’à ce jour avait résisté jugera son effondrement et sa faute quand elle se sentira femme; mais elle est incapable de résister, heureusement toi, chère petit Amour, tu as si bien partagé mes pensées et compris mon petit coeur que près de toi je me sens fort; tu es là dans mon petit coeur, tu t’es donnée toute entière dans notre amour et comme ce petit mouchoir que tu m’offrais pour sécher mes pleurs; tu seras petite Mie bien aimée; toute ma force; et je médite encore cette belle phrase : « viens tout contre ma poitrine, appuie toi sur moi et je me sentirai plus fort. » Celui qui de tout son coeur la prononce ne sera jamais déçu. Lorsque le Bon Dieu donna au premier homme une compagne et qu’il jeta sur elle cette parcelle de son amour, n’était-ce pas dans ce bit qu’il les avait unis ? Oh ! Douce petite Mie de mon coeur; me serait il possible de te remercier de ton amour si sincère ? Je n’ai qu’un moyen: muer en bonheur tout l’amour que tu me donnes, pour que blottis l’un près de l’autre, pour l’éternité nous demeurions si heureux. Oh ! Je sais petite Chérie que ces mots que je t’écris raisonneront aussi fort dans ton petit coeur qu’ils ont vibré dans celui de ton Lou avant que la plume les imprime. O douce union de pensées et de sentiments; Lou et Mie unis dans tant d’amour, n’est-ce pas deux petits coeurs qui n’ont plus qu’un rythme et qui un jour ne seront plus qu’un ?

Oh ! Tu sais Chérie si au lieu de déchiffrer loin de moi mes missives, tu étais là tout près de ton Lou, dans la splendeur de ce jour d’été, à échanger tant de pensées et d’amour quel immense bonheur ferait palpiter nos petits coeurs, c’est dans l’espoir qu’un jour nous pourrons les vivre à notre guise que je me sens heureux même loin de toi, éprise pour cet homme qui a déchiré (et là au spirituel) tout le voile de sa vie, elle sent grandir sa soif éternelle. Un jour elle s’apercevra qu’elle a été jouée. Oh ! Déception immense elle se découvre impardonnable dans sa fierté et maudite dans la voie du bien et elle cherche une consolation dans les illusions; les préjugés du mal; désormais son coeur s’est rompu et n’aime plus, elle voit tous les hommes égoïstes pareils, et dans la passion sexuelle elle satisfait les plaisirs de ses sens; n’oublie pas petite Chérie que la femme est plus extrémiste que l’homme tant dans les qualités que dans la passion; elle devient un démon, voila petite Amour les tristes réalités. Interroge les toutes, à quelque chose près, c’est là leur début.

Oh ! Toi mon cher petit Amour comme je suis heureux que tu n’aies pas connu cette lutte contre le mal. Ton petit coeur étant resté indifférent à l’amour pendant ces années précédentes. Comme tu aimes ton petit Lou, un autre aurait pu être le héros de tes sentiments et quand on aime on est parfois faible, surtout plus on est jeune; Oh je sais que ma petite Mie aurait résisté; mais lorsque dans la fusion de deux coeurs il existe des points d’incompréhension, il nait une ombre qui peut durer toute la vie. Maintenant tu sais Chérie tu aurais pu trouver mieux que moi; quant à moi je suis certain qu’aucune jeune fille n’égalera ma petite Mie, pour rien au monde je ne saurai regretter l’élan de mon coeur et le soir en regardant naitre les étoiles, en offrant les peines de ma journée je dirai toujours merci.

Quant au camarade dont je te parlais il est en ce moment en perme, il a reçut ces derniers jours une lettre de sa femme assez énigmatique, elle terminait : « j’aurai bien hâte de te voir, j’ai des explications à te demander. » (elle sait).

Voila  un après-midi qui s’achève, depuis ce matin je suis près de toi, entre mes factions avec la plume et penchant par la pensée. De ton petit Lou qui t’aimera toujours reçois petite Mie Chérie (…) plus tendres baisers dans l’espoir d’être bientôt près de toi, petite chérie, je t’aime.

Dis petite Chérie à la lecture de la feuille bleue tu as pensé que ton petit Lou est plongé dans les bouquins royalistes; des fois il pourrait encore couler dans mes veines du sang de mes ancêtres, les chouans ! La France était peut-être aussi prospère quand elle croyait en Dieu et que ses chefs étaient spiritualistes. Espoir. Lou. Mie.