Poste de police, le 8 juillet 1947,
Mon cher petit Amour,
Et voici qu’il va y avoir un mois que je te quittais ma petite Chérie après des instants inoubliables pour rejoindre le Pin, première étape vers le retour en caserne; dans encore autant de temps nous serons entrés profondément en août et si je n’ai pas encore pu retrouver ce cher petit Amour de mon coeur; il ne pourra tarder. Comme je t’avais dit Chérie, je ne tarderai pas après mon retour à demander une perme de 24h ce que j’ai fait il y a huit jours; de la façon dont elle m’a été refusée, j’ai compris qu’il vaut mieux laisser courir plus longtemps. Avec l’alerte, il ne peut y avoir qu’une perme de 24h par semaine par Batterie; mon tour reviendra dans 21 (dimanches?). Patience. Je vais quand même essayer d’en avoir une ce mois-ci car nous espérons bien que les bleus vont bientôt pouvoir nous suppléer. Et comme nous sommes bons amis avec un margis de l’ EM, il doit venir avec moi au Pin, aussi il appuiera nos permes. Dire que si ce n’était cette période de malheur, je pourrais être en perme tous les quinze jours; aussi tu sais petite Chérie, je pourrai en passer une près de toi de temps en temps; enfin inutile d’en parler puisque ce ne peut être. La loi sur le SM est votée fixant sa durée à 1 an; avec mon temps libérable en supplément comme famille nombreuse, je crois entrevoir la quille vers le 18 septembre après au moins, plus besoin de perme pour satisfaire l’élan de mon petit coeur quand il lui tardera de retrouver sa petite Mie chérie. Tu sais Chérie, je suis toujours le secrétaire du camarade dont je t’avais parlé ce printemps, il s’est marié il y a un peu plus d’un mois; figure-toi, hier il arrive comme un bolide dans ma chambre: « Charlot, Charlot, viens vite j’ai quelque chose à te faire voir, vite » et comme je le rejoignais, il me tendis un télégramme qu’il venait de recevoir et devant son impatience, je déchiffrais: – naissance petite fille cette nuit à 2h1/2-.- » tiens mon vieux Christian, te voilà Papa, lui dis-je » – « oh oui s’exclame-t-il, je suis content que ça se voit bien passé, une fille! si elle fait comme son père et sa mère dans quinze ans, je suis grand-père ». Tu sais petite Chérie, ce télégramme l’a tout de même ému, pour ma part je t’assure ce n’est pas avec indifférence que je l’ai déchiffré. » papa » n’est-ce pas un grand mot qui mérite (?) ? N’est-ce réunit dans ces quatre lettres, tant de grandes choses: « amour, bonheur, devoir, sacrifice » et puis que d’ombres mystérieuses avant d’être Papa; ou plus que jamais doit redoubler pour Celle qui porte ce petit fruit conçu dans la fusion totale qui se sont donnés dans toute l’ampleur et la splendeur d’un bel amour, tant de compréhension, de perpétuelle prévoyance. Encore pour nous, mon cher petit Amour, ce n’est pas pour un avenir immédiat, mais c’est un devoir pour nous, petit chrétien qui n’aspirons à vivre ce bel amour que Seul donne le Bon Dieu; d’entrevoir et de comprendre ce que peut être demain. Cette vie de nous deux « Lou et Mie » que dans toute la force de notre amour qui attire nos petits cœurs un près de l’autre, nous nous sommes promises. Oh! petite Chérie, trop souvent des nids sont bâtis avec seulement des bruns grossiers, des prévoyances maternelles mais il manque tout l’intérieur moelleux qu’apporte seule la fusion des âmes; oui petite Mie bien-aimée, les oiseaux vont d’abord apporter pour leur nid les grosses brindilles qui résisteront aux tempêtes mais la petite nichée palpitante (?) dans le fin duvet moelleux. Le bonheur est une chose trop grande pour qu’elle se mesure à l’avance. et un nid doit se bâtir avant de l’habiter. Petite Chérie, nous avons rêvé de ce petit nid moelleux et tous les Deux, nous connaissons la source du bonheur, elle appartient à tous ceux qui veulent se donner la peine d’aller y puiser; nous savons que le duvet se trouve dans le petit coeur de l’autre et que pour l’empêcher de s’envoler au vent des jours, il suffira de l’empreindre de cette volupté de notre foi déjà pour nous si fertile en témoignages et alors avec toi petite Mie chérie, blottie contre mon coeur, même dans l’attente d’un petit être que Dieu donnerait à notre amour, rien n’altérera notre bonheur si nous restons fidèle à nos conceptions de petits fiancés et chaque jour (?) un de l’autre verra grandir notre amour.
Voici, cher petit Amour quelques méditations de mes heures oisives, sûrement dans tes pensées, elles ont dû aussi mûrir puisque ces petites âmes sont si sœurs et même en travaillant, ma petite Chérie doit laisser envoler son esprit vers ce petit bonheur qui grandira avec notre amour.
X à cet instant une formidable détonation vient de tonner parmi les chars au garage, est-ce sabotage? ou attentat? les dégâts sont insignifiants mais pour nous qui étions déjà assaillis par la garde, la surveillance est augmentée avec le nombre des factions et il faut s’attendre à ce que le quartier soit à nouveau consigné rigoureusement . Quelle barbe!
Je vais te quitter pour aujourd’hui ma petite Mie chérie, reçois de mon petit coeur les plus doux mots d’amour et de mes lèvres les plus tendres baisers.
Toujours à toi et pour toujours, petite Chérie de mon coeur
Ton petit Lou qui t’aime
Tu sais petite Chérie, je vais pouvoir envoyer du chewing-gum, si tu l’aimes; nous sommes gâtés à l’état-majeur, nous avons touché en supplément 70 cigarettes américaines et des chewing-gum; j’ai échangé mes cigarettes contre des gourmandises; tu penses Lou a un bec fin et pour qu écart ne devienne un vice (?), je suis content d’en envoyer à mon petit Amour.