Vitailles, 30 juillet 1947,

Mon cher petit Amour,

Cette fois, Chéri, tu vas dire c’est une avalanche de lettres de ma petite Mie. Tu auras trouvé le temps peut-être long alors je viens te gâter un peu. Tu ne crois pas chéri que je suis devenue plus courageuse que l’an dernier lorsque je prétendais n’avoir pas le temps de répondre à tes lettres. Je suis maintenant certaine que le proverbe est juste : « pouvoir c’est vouloir ». Il y a des moments où elle coûte à avoir cette volonté mais quand on aime, rien ne coûte surtout lorsque c’est pour procurer un peu de douceur à mon cher petit Amour. Maintenant il y a un peu de calme à la maison, les gros travaux sont tous achevés et patiemment nous attendons l’eau . Tout sèche, quelle triste année, les vignes qui jusqu’à maintenant étaient magnifiques sèchent tous les jours.

Sur ma précédente lettre, je n’ai pas répondu à toutes tes suggestions alors tu tiens à ce que j’aille au bal, décidément tu veux me faire passer par tous les mauvais chemins dis petit Lou. Pour savoir si je m’en sortirais bien , je ne suis pas souvent allée au bal mais je ne crois pas y perdre la tête quand j’irai tant et plus. Tu sais je déteste cette atmosphère plus ou moins propre où l’on entend des conversations plus ou moins prosaïques, des tenues qui parfois choquent. Je t’assure c’est une corvée pour moi d’aller au bal, enfin je ne te dis pas que je n’irai pas le soir mais je sais d’avance que je ne m’amuserais pas pour deux centimes.

Dis Lou Chéri, et si je fais une autre conquête, ce n’est pas pourtant pas ma faute là sur ce point, je serai toujours intransigeante mais je ferai souffrir quelqu’un. Tu dois t’en être rendu compte quand on semble s’éprendre de quelqu’un et cette personne répond sèchement comme j’ai répondu jusqu’à maintenant, sauf à toi bien sûr. Il me semble que ça doit faire mal au cœur à celui qui le reçoit. « Quen penses-tu petit Lou chéri ? » Je crois que si on en discutait ensemble et non par lettre, la conversation serait plus animée. Oh ! Nous arriverions bien à nous entendre à la fin.

Pour moi, rien ne vaudra le silence de ces soirs où face à face, avec les merveilles du ciel, je pourrai remercier Dieu de tous les bienfaits dont nous comble chaque jour. Il me semble, chéri que lorsqu’on arrive d’un bal fatigué à une heure ou deux du matin, on doit joliment écourter sa prière et même l’oublier peut-être.

Ici je vais terminer, mon petit Amour avec l’espoir de bientôt te revoir.

De ta petite Mie qui t’aime, reçois les plus doux baisers

Adieu petit Amour, je t’aime pour toujours