Vitailles, 2 août 1947
Mon cher petit Amour,
Ce soir, samedi, je viens faire un brun de causette avec mon petit chéri, peut-être demain soir, je serai trop fatiguée pour prendre la plume en rentrant mais lundi, je t’écrirai pour te donner mes impressions sur la fête votive de Lauzun.
Voilà que juillet s’est éteint comme le temps passe et pourtant pour nous, je trouve qu’il est encore trop long, pour toi aussi sans doute. Où est-il donc encore ce temps où le samedi soir, nous pouvions dire, le coeur joyeux, demain je vais retrouver mon petit Amour ? Oh ! Chéri, il me semble que jamais ça n’arrivera. Que la vertu de patience est difficile à acquérir et il semble qu’on la tient bien entre ses mains. Elle est comme les anguilles, elle s’échappe bien, mais on peut la rattraper sans trop courir et dire qu’il n’y a que deux mois, nous étions ensemble. Il me semble qu’il y a un siècle. Je deviens exigeante et Chéri, trois mois me paressent trop longs au bout deux. Il me tarde bien de te retrouver enfin peut-être dimanche. Je te retrouverai avec quelle joie, je ne réalise pas puis en cas, je ne m’en réjouis pas trop à l’avance en cas d’être déçue.
Te voilà de retour à Périgueux après un court séjour en Cahrentes. Tu as eu une bonne place mais la situation avait l’air de devenir dangereuse. Vous les dérangiez peut-être vos voisins avec le bruit de votre matériel alors ils ont voulu faire voir qu’ils étaient là et qu’ils tenaient à rester en paix dans leur coin. Aussi, qu’alliez-vous faire là-bas ?
Qui a monté la garde pendant ces quatre jours de manœuvre ? Et vous avez recommencé la comédie en rentrant, que ce doit être ennuyeux sans cesse le même travail et s’il procurait un peu de divertissement, mais planté comme un bougre au soleil avec la température qu’il fait, il y a de quoi fondre comme le beurre. Vous deviez être bien sous les tentes pour dormir mieux que dans les chambres, ce qu’il y fait chaud !
Demain il y a une fête de la terre à Villeneuve/lot. Lulu et Jean iront sans doute là, ce n’est pas loin à bicyclette, c’est bien faisable. Dans notre coin, nous en avons une à Saint Barthélémy le 31 août et c’est la fête à Saint-Macaire cette année, alors je suis obligée de rester à la maison.
Je vais te quitter mon cher petit Amour, demain, ça ne sera pas le jour de s’étendre au bord du Drot en attendant que les poissons viennent manger au bout de la ligne.
Je m’endors avant de me coucher ; reçois mon cher petit amour les plus doux baisers de ta petite Mie qui t’aime de tout son cœur.
Adieu petit Chéri, je t’aime pour toujours