Vitailles 7 décembre 1947

Mon cher et tendre petit Poulet chéri

Aujourd’hui dimanche, j’arrive de la messe à St Macaire. Je viens faire un brin de causette avec mon cher petit Amour. Pour toi ce sera sans doute un jour comme tous les autres de la semaine, il te sera probablement impossible d’assister à la messe. Mais va mon Trésor j’ai bien prié pour toi le Bon Dieu ne demande pas l’impossible tu le sais bien mon amour.

Hier tu as dû recevoir une lettre de ta petite Mie. Les nouvelles n’étaient pas bien fraiches. Je l’avais écrite mardi soir sitôt que j’ai reçu ton adresse je l’ai donnée au facteur. Tu as dû trouver cette première semaine un peu longue surtout sans nouvelles de ceux que tu as quittés, à présent ce sera un peu plus régulier j’espère.

Comment ça va à Périgueux, je crois que la situation s’améliore petit à petit d’après la radio et les journaux. Ici on ne peut pas se rendre compte, il faut être en ville ce matin à huit heures les informations ont annoncé de nombreuses arrestations dans toute la France, les autres auront ils peur après ça. J’espère bien qu’ils ne vous gardent pas trop longtemps. La petite fiancée de Lucien doit le trouver dur aujourd’hui. Pour moi je ne trouve pas tellement doux et pourtant je ne te voyais que tous les quinze jours mais ce n’était pas pareil. Mais lorsque tu seras rentré tu viendras tous les dimanches si le temps n’est pas trop mauvais, n’est ce pas mon petit Poulet chéri. Les pauvres 43, qui se croyaient bien tranquilles doivent être les plus attrapés dans cette histoire de rappel, presque tous sont mariés, c’est encore plus dur je crois.

Je n’ai pas eu de nouvelles de Lily et Loulou de Castillonnès. En as tu toi mon Poulet ? Tu sais chéri j’aime encore mieux que tu sois reparti que si tu étais comme Loulou, parce qu’au moins après cette crise tu me reviendras comme avant, bien solide, tandis qu’après des maladies comme ça il y en a pour un moment avant de retrouver un bonne santé, et la santé des enfants qu’ils peuvent avoir. Pour eux malheureusement je crois qu’ils en ont pour longtemps avant d’y penser. Pour nous je crois que nous sommes plus sûrs qu’eux sur ce point, pour le moment nous avons une bonne santé qui ne risque pas de s’altérer d’une minute à l’autre. Tu te rends compte Poulet si nous serions malheureux si jamais nous n’avions la joie d’attendre ce jour où tous les deux nous pourrions nous pencher sur ce petit être fruit de notre amour quoi que nous le désirions pas pour les premiers temps de notre mariage, nous serions drôlement déçus.

Je vais te quitter mon petit Amour en t’envoyant mille doux baisers sur lèvres, mes plus tendres caresses. Celle qui est heureuse de devenir ta petit femme pour la vie.

O mon Amour que je t’aime. Jamais je ne pourrais trouver de mots assez expressifs pour te dire tout mon amour.